Grèce : Lettre ouverte des enseignants du PAME

Prépublication Dossiers du BIP n° 152

Les révolutions populaires peuvent vaincre

image001 (1)Lettre ouverte des enseignants du PAME adressée aux étudiants, à l’occasion de la Fête nationale

Cher étudiant, chère étudiante,

Peut-être que tu en a assez d’entendre continuellement parler d’anniversaires et de fêtes, surtout maintenant que la politique de la coalition gouvernementale de ND-PASOK-DIMAR2, de l’Union européenne, du système des armateurs, des hommes d’affaires, s’attaque à ta vie et à celle de ta famille. Comprends bien: quelle que soit la forme de l’attaque qu’ils te font subir, ils ne cesseront jamais de cibler ton esprit. C’est pourquoi ils disent des mensonges et des demi-vérités à propos de la fête nationale du 25 mars, comme pour celle du 28 octobre3 et pour les événements de l’Université4.

Il est temps d’appeler

un chat un chat!

N’es tu pas impressionné par le fait que nous célébrons le départ de la révolution de 1821 le 25 mars, alors que le 23 mars 1821 Kalamata et d’autres régions du Péloponnèse avaient déjà été libérées du joug ottoman?

En fait en 1838, soit 13 ans plus tard, la fête nationale a été fixée par décret le jour de l’Annonciation, pour quelle soit recouverte d’un manteau religieux.

Cependant, l’église officielle n’était pas en faveur de la Révolution. Quand Papaflessas5avait rencontré l’archevêque d’Ancienne Patras, Germanos pour lui dire que tout était prêt pour la révolution, Germanos s’est mit à l’injurier, disant qu’il était un escroc. L’archevêque Germanos avait même ajouté : «Laissons aux enfants de Mahomet le soin d’achever les enfants de Robespierre»!

Un des seigneurs grecs6 avait déclaré: «mieux vaux les Turcs et le ραγιά (serf grec) soumis, plutôt que la nation libre, et le peuple avec des droits»!

Affirmer que l’archevêque d’Ancienne Patras, Germanos a soulevé l’étendard de la révolution de 1821 est un mensonge. Le Drapeau a été hissé à Patras par le dirigeant populaire Panagiotis Karatzas. Il allait être tué par les notables de Patras.

Que signifie cela?

La révolution de 1821 était une confrontation avec le despotisme ottoman et était liée à la libération. Tous les Grecs n’étaient pas en faveur de la révolution. En effet, il y avait des Grecs qui faisaient partie du système du pouvoir ottoman.

À la révolution de 1821, n’y ont pas seulement pris part seulement des chrétiens orthodoxes et des Grecs d’origine. Dès le départ y ont participé les ainsi nommés Philhellènes de l’espace de l’Europe occidentale.

Hormis les Philhellènes, dans les régions danubiennes, ont participé à cette révolution de [1821 contre l’empire ottoman – NdT] des Valaques, des Moldaves, des Bulgares, des Albanais, des Serbes, des Tziganes, des Hongrois, des Polonais et d’autres.

  • Sais-tu, que sur les navires de Miaoulis7, les équipages ne connaissaient pas du tout la langue grecque, mais qu’ils parlaient l’albanais?
  • Sais-tu que les révolutionnaires de 1821 ne séparaient pas le peuple entre grecs et étrangers? Le poète Rigas Féraios8 appelait les chrétiens et les Turcs à une lutte commune pour renverser la domination ottomane et la création d’une Fédération balkanique.

La révolution de 1821 n’était pas une guerre religieuse, un soulèvement des chrétiens contre des musulmans.

Il est arrivé des moments où les Grecs et les Turcs ont combattu ensemble, contre les Vénitiens, les Espagnols et le Pape (et vice versa); des moments où les serfs grecs préféraient la féodalité turque à celle de l’Europe; cette dernière étant beaucoup plus dure.

Mais les Philhellènes d’Europe occidentale qui participèrent à la révolution de 1821, avaient aussi des motivations de classe pour que dominent les idéaux et les visées de la grande Révolution (bourgeoise) française, indépendamment du fait qu’existait une admiration pour la culture antique. Et comme nous le savons, l’église en France n’a pas traversé une si bonne période au cours de la Révolution française …

Tout cela ne sera pas écrit dans les manuels scolaires parce qu’ils ne veulent pas que tu saches ce qu’est la révolution et que tu en tires les bonnes conclusions à propos d’aujourd’hui et de ta vie.

Nous te disons donc:

À la révolution de 1821, du fait de son caractère social, tous les Grecs n’étaient pas ensemble.

  • Chaque révolution sociale répond à la question: quelle classe viendra au pouvoir?
  • La révolution est le véhicule qui fait avancer la société.

Réfléchis donc que partout en Europe, à cette période, éclataient des révolutions bourgeoises. C’est à dire des révolutions qui avaient pour but de renverser le pouvoir politique des seigneurs féodaux (des grands propriétaires terriens) en faveur de la bourgeoisie (les détenteurs de capitaux qui exploitent la force de travail libre).

Tire en tes conclusions

à propos d’aujourd’hui!

Aujourd’hui, la force sociale la plus avancée, c’est à dire ceux qui peuvent et veulent tout bouleverser, est la classe ouvrière. La bourgeoisie est réactionnaire. Tu le sais, tu le vis! C’est pour cela qu’elle s’attaque comme cela à ta vie, c’est pour cela qu’elle envoie les MAT (police anti-émeute) quand tu luttes, elle te veut esclave contemporain avec des miettes comme salaire et une existence sans droits, elle te bombarde de drogues.

Toutes les révolutions, y compris celle de 1821, ont eu leur part de violence et n’ont respecté ni institutions ni lois servant à exploiter des peuples.

Sur son drapeau ce qui est écrit

ne parle pas de légalité,

mais de droit

  • Et aujourd’hui il est toujours d’actualité que «La loi est le droit du travailleur et non pas celui des profits des capitalistes»! Les révolutionnaires de 1821 disaient «le feu et la hache pour les soumis» et ne parlementaient pas avec leurs ennemis! Aujourd’hui, les soumis sont ceux qui soutiennent l’Union européenne, le FMI, la société du profit et du marché.
  • L’armée de la réaction (la Sainte-Alliance alors, l’Union européenne et l’OTAN aujourd’hui) n’est pas invincible.
  • Les sociétés sont divisées en exploiteurs et exploités, le peuple et ceux qui le dominent. Leur contradiction ne se résout pas par le dialogue mais par la lutte.

Le peuple qui croie en sa puissance vainc – le peuple qui se rend perd!

Retiens-le bien: que ce soit dans la lutte ou dans la soumission, les Grecs n’ont jamais été tous unis!

En 1821, certains ont vu dans le conquérant ottoman, l’ami, le soutien de leur propre pouvoir. En 1940, certains disaient, les «Allemands sont nos amis» et ont collaboré avec les fascistes; c’étaient les pères politiques des nazis contemporains de l’Aube dorée.

En 1821, certains appelaient les gens à la commisération pour supporter le joug turc. En 1940, certains disaient que la résistance était une folie. Aujourd’hui, certains appellent à la commisération nationale pour que nous sortions de la crise, en entendant par là que tu sacrifies ta vie et tes rêves, pour sauver les profits de la ploutocratie, de leur système! D’autres parlent «d’occupation» par des États étrangers, pour dissimuler les hommes d’affaires grecs qui s’enrichissent à la sueur de tes parents.

L’histoire est écrite par les peuples! Aujourd’hui, c’est ton tour à toi.

La lutte pour tes besoins sera dure mais légitime. Il en a été toujours ainsi!

Organise ta lutte pour tes droits, lis et apprends la véritable histoire de ton peuple et de ton pays.

Maquisard-Partisan-Palikare, le peuple est toujours le même!

 

Notes

1. PAME – Πανεργατικό Αγωνιστικό Μέτοπο -Front de lutte de tous les travailleurs

2. ND-PASOK-DIMAR – ΝΔ-ΠΑΣΟΚ-ΔΗΜΑΡ: Nouvelle démocratie (droite), Mouvement socialiste de toute la Grèce (socio-démocrate), Gauche démocratique (socio-démocrate)

3. Fête nationale du 28 Octobre, où le dictateur Ioannis Metaxas avait «OXI» (NON) en 1940 à l’ultimatum de Mussolini.

4. Soulèvement et occupation de l’école Polytechnique le 14.11.1973 contre le régime de la junte des colonels, suivi du massacre des 17-18.11.1973 de plusieurs dizaines, peut-être beaucoup plus, d’étudiants et d’autres personnes.

5. Papaflessas – Παπαφλέσσας: Surnom de l’archimandrite Γρηγόριος Δικαίος ou Παπαφλέσσας (Grégoire Dikaîos ou Papa + Flessas), figure controversée surtout par les notables locaux, mais néanmoins initiateur du soulèvement de libération nationale.

6. Koτzambasis – Kοτζαμπάσης, sorte de seigneur grec, bailli annuellement élu par la population et approuvé par le régime ottoman.

7. Miaoulis – Μιαούλις : Amiral de la flotte révolutionnaire, à un moment allié de Napoléon il s’est battu contre la flotte anglaise, contre des pirates, puis gagné de nombreuses victoires significatives contre la flotte turque pendant la guerre de libération.

8. Rigas Féraios – Ρήγας Φεραίος, célèbre poète et internationaliste, précurseur de la révolution grecque, livré, lui et ses camarades, par les Vénitiens au sultan ottoman, ils furent étranglés à Bucarest 24.6.1798 et leur corps jetés dans le Danube.

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[Ριζοσπάστης,16.3.2013]

[Traduit par Alexandre MOUMBARIS

correction Marie-José MOUMBARIS]

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