L’Arabie saoudite protège le Moyen-Orient contre les Frères musulmans

Ria Novosti, 12 mars 2014

L’Arabie saoudite considère désormais le mouvement des Frères musulmans comme une organisation terroriste, « aussi dangereuse qu’Al-Qaïda ». Tous les membres de ce mouvement et ceux qui partagent leurs points de vue seront sanctionnés, qu’il s’agisse d’un citoyen du royaume ou d’un étranger. Le monde islamique semble proche de la scission : en effet la nouvelle loi concernera directement les dirigeants de pays influents du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, dont certains sont membres du mouvement ou de son entourage, écrit mercredi le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

Aujourd’hui en Arabie saoudite, une peine de prison attend même ceux qui compatissent avec les Frères musulmans. Les réunions personnelles avec des membres du mouvement sont interdites et même les communications par internet. Le ministère de l’Intérieur a déclaré que le décret royal serait appliqué aussi bien à l’égard des citoyens saoudiens qu’étrangers s’ils étaient impliqués dans le soutien matériel ou moral de groupes extrémistes ou terroristes dans le pays ou hors de ses frontières. Selon le communiqué officiel, la loi sanctionnera tous ceux qui « font outrage à d’autres pays ou leurs dirigeants » ou « participent à des conférences dans le pays ou à l’étranger si leur objectif est la déstabilisation, l’incitation et le préjudice à la sécurité ».

La sphère d’application du décret reste un mystère, écrit le New York Times. Si la loi concerne toutes les personnes affiliées aux Frères musulmans ou ayant des relations d’alliés, la liste des terroristes pourrait inclure le premier ministre turc, le premier ministre marocain, le parti au pouvoir en Tunisie, les partis d’opposition reconnus en Jordanie et au Bahreïn. Les analystes se demandent si les politiciens de ces pays pourraient être jetés en prison, par exemple pendant le pèlerinage à la Mecque. De plus, qu’en est-il de l’alliance de Riyad et des Frères musulmans syriens dans leur combat contre Bachar al-Assad ?

« Cette loi pourrait concerner beaucoup de personnes : les Frères musulmans sont une organisation internationale. La question est de savoir qui sera considéré par Riyad comme membre de cette organisation. L’interprétation est très subjective. Si Riyad estimait qu’un individu n’avait pas un comportement « convenable », il l’inscrirait dans ce mouvement. De plus, cette loi permettra aux Saoudiens de poursuivre des radicaux à travers le monde. En interdisant les Frères musulmans, les Saoudiens cherchent à intimider quelqu’un dans le royaume. Notons également que l’Arabie saoudite se prépare à accueillir le président américain Barack Obama », explique le politologue orientaliste Alexeï Malachenko.

Ce décret est destiné à renforcer la directive royale de février 2014 : une peine entre 3 et 20 ans de prison pour les Saoudiens qui partent faire la guerre à l’étranger. Ils seraient  1 200 en Syrie, selon le ministère de l’Intérieur. Le royaume craint qu’à leur retour ils s’engagent dans le jihad dans le pays, comme après les guerres en Irak et en Afghanistan.

Riyad lance ainsi une campagne d’éradication du mouvement, mettant en évidence une sérieuse polarisation de la région après la destitution du président égyptien Mohamed Morsi l’été dernier, représentant des Frères musulmans, et la proclamation de l’illégalité de l’organisation. Riyad et d’autres capitales du Golfe ont accordé au Caire plus de 12 milliards de dollars après le renversement de Morsi. Aujourd’hui, l’Egypte approuve la démarche de Riyad comme « reflétant le niveau très élevé de coordination entre les deux pays ».

Les analystes sont persuadés que cette nouvelle loi est un moyen de renforcer la pression sur le Caire. Les Frères musulmans sont désormais  assimilés aux radicaux du Front al-Nosra et de l’Etat islamique en Irak et au Levant, affiliés à Al-Qaïda. « La nouvelle loi saoudienne semble viser le Qatar. Il pourrait également s’agir d’un avertissement pour le Koweït et d’autres pays arabes et européens où les Frères musulmans et leurs partisans sont présents et développent leur activité politique et financière. Cependant, l’ampleur de l’application de ce document reste inconnue à l’étape actuelle. Par exemple, Londres est l’épicentre de l’activité des Frères musulmans en dehors du Moyen-Orient. La loi de Riyad concernera-t-elle ceux qui sont actifs à Londres, leurs comptes bancaires ? On l’ignore pour l’instant. Mais l’idée principale est claire : le royaume perçoit la menace des Frères musulmans au même titre que celle d’Al-Qaïda.

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