En Crimée l’UE joue à la balance

La Voix de la Russie, 13 mars 2014

En Crimée l’UE joue à la balance

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Les Etats-Unis sont sur le point de s’embarquer dans une confrontation sans fin avec la Russie au nom des nazillons de Kiev qui, histoire de ne pas perdre la main, dévalisent les banques et distribuent les armes de guerre à leurs joyeux compères.

Les exactions se comptent par centaines dans la capitale de la très européenne Ukraine et les hors-la-loi se la coulent douce sous les yeux d’une population terrorisée. Une seule broutille demeure : les crédits octroyés par les banques occidentales ne le peuvent être accordés que sous caution. Or cette caution est représentée par les grandes entreprises de sidérurgie et le secteur minier du pays se trouvant justement au Sud-Est entre les mains d’une population hostile à Kiev et prête à défendre ses libertés coûte que coûte contre les fascistes. Cette population se sait forte du soutien de la Russie limitrophe et concocte son propre référendum sur le rattachement à la mère de tous les Slaves, la Grande Russie. Non seulement les nazis de Kiev sont isolés mais il y a même les Serbes qui affluent dans la région pour prendre les armes contre les milices nazies et raconter à la population comment ils sont traités par les Européens au Kosovo et en Serbie. Fin connaisseur de l’actualité russe, Jacques Sapir nous livre son analyse de la conjoncture ukrainienne en en tirant des conclusions que l’on qualifierait de paradoxales et tout à fait inattendues quoique parfaitement plausibles !

La Voix de la Russie. Pourriez-vous nous parler de la Crimée et de l’Ukraine ?

Jacques Sapir. « C’est en fait un raisonnement très simple et qui s’inscrit dans la grande tradition du droit constitutionnel et du droit public français. Je n’ai absolument rien inventé de ce point de vue-là ! Ca consiste à dire que, si l’on considère qu’il y a eu une révolution en Ukraine, c’est-à-dire les événements qui, dans la nuit du 21 février au 24 février, ont abouti à la constitution de ce gouvernement provisoire à Kiev, sont une révolution, cela signifie à ce moment-là que toutes les autres parties de l’Ukraine se trouvent libérées des engagements légaux qu’ils avaient par rapport à la nation ukrainienne ! Ils peuvent décider de les confirmer. Ils peuvent aussi décider de les infirmer et, à ce moment-là, se constituer soit en entité indépendante, soit se rattacher à un autre pays. Ou alors on considère que ce qui s’est passé à Kiev, n’est pas une révolution, mais cela veut dire à ce moment-là que nous devons reconnaître M. Ianoukovitch comme le président légal de l’Ukraine.

Le problème est assez simple. Il ne peut pas y avoir un principe à Kiev et un autre principe à Simféropol. Il faut que l’on ait une continuité des principes juridiques sur la totalité du territoire. Puisque les pays occidentaux donnent des marques que, pour eux, il s’agit bien d’une révolution, alors il faut savoir que toute révolution suppose la suspension, voire l’abolition de l’ordre constitutionnel préexistant et la création d’un nouvel ordre constitutionnel. »

LVDLR. Le deuxième volet est cet appel aux nationalismes européens que fait l’UE par rapport à la Crimée…

Jacques Sapir. « Différents pays européens sont aujourd’hui confrontés à des mouvements indépendantistes dans un certain nombre de pays. L’Espagne, en premier lieu avec la Catalogne mais aussi le pays Basque. Cette région de l’Espagne qui s’appelle le Gipuzkoa et qui correspond au pays Basque ; la Grande-Bretagne évidemment avec l’Ecosse et on sait qu’il va se tenir en Ecosse un référendum sur l’indépendance. Jusqu’à la crise ukrainienne, la position des institutions européennes était de dire : « Nous voulons garder les pays dans l’état où ils sont ! » Autrement dit M. Barroso avait fait une déclaration à l’attention des nationalistes écossais en leur disant : « Si vous prenez l’indépendance, ne croyez pas que l’on vous ouvrira les portes de l’UE grandes ouvertes ! » Et il avait fait à peu de choses près la même déclaration par rapport aux Catalans ! Aujourd’hui on se trouve dans une situation où de fait le soutien des pays de l’UE au mouvement qui a eu lieu à Kiev, aboutit, comme je l’ai expliqué, à une situation où de fait l’ordre constitutionnel ancien n’existe plus et donc un certain nombre de régions peuvent demander leur indépendance. Pour l’instant, il n’y a que la Crimée qui a sérieusement fait le pas, mais demain pourquoi pas la région d’Odessa ou Kherson ou Nikolaïevsk ? Peut-être Donetsk ou Dniepropetrovsk ? On ne sait pas où cela va s’arrêter… Et à ce moment-là va se poser évidemment le problème pour l’Europe : est-ce que l’Europe reconnaît une situation révolutionnaire qui engendre ce type de processus dans un pays et refuse de le reconnaître dans

d’autres ? De ce point de vue-là, il y a un problème de cohérence ou, plus précisément, d’incohérence de dirigeants européens qui trouvent très amusant de soutenir des mouvements en les qualifiant de révolution, quand il s’agit de l’Ukraine, mais qui évidemment ont une autre opinion quand il s’agit de mouvements en Espagne, en Grande-Bretagne et pourquoi pas au Portugal qui est le pays d’origine de M. Barroso? »

Commentaire de l’Auteur. Si on veut s’appliquer à garder la juste mesure et pas appliquer le principe de « deux poids, deux mesures », tellement dans le vent de nos jours, on doit se souvenir de l’exemple cité à plusieurs reprises par le très médiatisé Marek Halter qui, lui, propose de se souvenir de la région de la Sarre dans la marche du territoire français. D’aucuns se souviennent de l’âpre lutte de la France pour se rattacher cette région riche en houille au grand dam de l’Allemagne et mettant à profit le statut de la vainqueur qu’était la France après la Seconde Guerre mondiale. Les Européens voulaient même lui accorder un statut particulier qui a été abrogé à la suite du référendum qui se déroula en octobre 1955. Et bien que rattachée à l’Allemagne, la région fut littéralement occupée par la France jusques dans les années 60 avec libre circulation du franc français et pas du mark allemand et l’instauration du service douanier à la frontière entre la Sarre et l’Allemagne. Comme on le voit, l’Europe et la France en l’occurrence est passée maître dans l’art de l’application des doubles standards. La Grande-Bretagne, elle, garde toujours la haute main sur un lopin de terre en Espagne pour maintenir son contrôle sur Gibraltar. L’initiative anglo-saxonne en Ukraine relève d’un ultra-impérialisme dévergondé prôné par le tristement célèbre sieur Brzezinski qui a déjà proposé la découpe de la Russie en trois états. Il est aussi populaire aux Etats-Unis que Carl Haushofer, père de la géostratégie et disciple de Sir Mackinder. Ce dernier prônait l’invasion de la Russie jusqu’à l’Oural parce que « celui qui détient l’Oural contrôle la terre du milieu et a les pleins pouvoirs sur le Globe terrestre ». Sic. T

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur.
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