Louvoyer

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Quelques observations concernant l’article Le CNR, les «deux drapeaux», les «quatre sorties» et le socialisme; entretien avec Georges Gastaud, secrétaire national du PRCF dans Étincelles, n° 27 de février 2014*

Il fut un temps ou le terme de «gauche» méritait le qualificatif de «progrès», mais désormais ce temps est révolu. La gauche a repris le colonialisme à son compte, et en obéissance à la bourgeoisie et ses «partenaires» de l’Union européenne et de l’OTAN, conduit une politique, économique, militaire et culturelle que ces derniers lui imposent. L’usage, dans le contexte actuel, par des communistes, de ces deux termes comme synonymes, dénote soit un attachement nostalgique à l’époque où c’était le cas, soit à la pensée que la gauche d’aujourd’hui serait toujours progressiste. Être de gauche, signifie être politiquement attaché aux sièges parlementaires de gauche. Peut-on être d’une gauche citoyenne progressiste en dépit de l’absence d’un parti politique de gauche progressiste? Pour appeler un chat un chat, la lutte des classes ne s’exerce pas entre les occupants de sièges parlementaires de gauche et ceux de droite, mais entre les forces du progrès et celles de la réaction, le prolétariat contre la bourgeoisie, le socialisme contre le capitalisme. De surcroît, ce lien, qui est aussi émotionnel, qui lie les communistes à «la gauche», ostensiblement pour tirer ceux qui sont à leur droite vers le progrès, sert aussi pour attirer par des compromis les communistes dans l’autre sens, vers la réaction, et tant que nous n’aurons pas la force, ou suffisamment de contrepoids, nous serons inéluctablement dans le temps attirés vers la droite, jusqu’à ce que pour défendre nos principes nous rompions ce néfaste lien. Nous ne sommes pas obligés ou tenus par nos principes communistes de suivre constamment et de manière persistante les orientations réactionnaires de la «gauche» où de ceux qui se disent «de gauche», il n’y a pas de pacte. Nous pouvons nous allier ou soutenir des éléments de gauche, de manière conjoncturelle, ponctuelle, par sujet, lorsque cela sert nos objectifs et à condition que nos partenaires soient honnêtes, crédibles et conséquents.

Distinction est faite dans l’entretien entre communistes «mutants» et «non-mutants», les premiers sont écartés alors que les derniers sont acceptés, mais que dire des «communistes» qui ont accepté d’enterrer le centralisme démocratique, la dictature du prolétariat …; cela date de bien des années avant l’arrivée des «mutants». Est-ce avec ces communistes-là que nous arriverons à faire revivre le PCF stalinien et le CNR de 1945.

Aussi concernant les quatre sorties: celles de l‘Euro, de l’UE, de l’OTAN et du Capitalisme; bien que je sois entièrement d’accord et n’ayant aucun problème de principe quant à l’usage «d’étapes» ou pas, j’ai néanmoins quelques observations à faire. Premièrement, je ne comprends pas pourquoi il faut se servir du terme «sortie du Capitalisme» pour expliquer qu’il s’agit en fait de «l’entrée en Socialisme» – ce qui pour moi est inconcevable sans «dictature du prolétariat». Telle qu’elle est présentée la «sortie du Capitalisme», le CNR préconisé, est un stade intermédiaire – toujours capitaliste – de compromis républicain avec les forces progressistes, qui serait le préalable à la dictature du prolétariat. Aussi nécessaire que ce stade puisse être, il ne coïncide pas dans le temps, avec la sortie du capitalisme. Le capitalisme peut bien subsister temporairement sous la domination de la dictature du prolétariat, par exemple la NEP en URSS. De plus il faut tenir compte que le CNR en 1945 bénéficiait d’un PCF puissant et crédible – ce qui n’est plus le cas – qui avait porté la résistance française contre le fascisme et était capable de contester le pouvoir, sauf que la puissance militaire des impérialistes – les «forces alliées» – lui auraient réservé le même sort qu’à la résistance grecque. Deuxièmement, je pense aussi, j’en conviens, que dans le contexte actuel nous ne pouvons pas atteindre simultanément les quatre objectifs. Je vois très bien un soutien large et immédiat pour les deux, ou même les trois, premiers mais pas pour «la sortie du Capitalisme», l’organisation et la sensibilisation des masses et surtout des travailleurs, n’est pas encore de niveau. Ce fait est bien reconnu dans l’entretien. Nous ne sommes pas dans une situation révolutionnaire, et même si nous l’étions, nous n’avons pas un parti capable de prendre les rênes en main. Il y a vraiment beaucoup à faire.

La faiblesse dans les rangs des communistes est bien entendu un élément crucial et nous sommes obligés d’en tenir compte constamment devant chaque objectif, chaque alliance, chaque opportunité. Donc «forger de larges alliances dirigées par la classe ouvrière dans le but d’isoler l’ennemi principal…», à l’heure actuelle, pose problème. Ce que nous pouvons faire le plus efficacement possible, considérant nos faibles moyens est, d’agir et d’affirmer nos positions communistes pour que celles-ci soient connues auprès de la classe ouvrière et du peuple en général afin de l’informer, l’attirer, répondre à ses inquiétudes et l’organiser, et par ailleurs, entrer en alliances ponctuelles de manière à accroître notre poids sur les événements sans sacrifier nos principes et notre identité. Par exemple je ne m’amuserai pas à appeler Besancenot du NPA «camarade» considérant le positionnement pro-takfiriste de son organisation par rapport à la Syrie, pas plus que Mélenchon après sa prise de position sur la Libye…, bien que par rapport à son positionnement sur l’Ukraine contre les nazis bandéristes et leurs amis en France nous ne pouvons qu’être d’accord et dans ce cadre-là le considérer comme un allié, sans toutefois le disculper d’avoir fait partie du gouvernement Jospin alors que celui-ci participait au massacre de la Yougoslavie.

Je suis heureux par conséquent que ce thème ait été abordé avec la citation de Lénine: «…toute l’histoire du bolchevisme, avant et après la révolution d’Octobre, abonde en exemples de louvoiement, d’ententes et de compromis avec les autres partis, sans en excepter les partis bourgeois», Maladie infantile du communisme.

Le louvoiement dont parle Lénine est celui imposé par la «faiblesse relative» des forces communistes qui l’oblige – ou tout simplement lui convient mieux que toute alternative – d’entrer dans des alliances, formelles ou pas, délimitées par le cheminement et l’évolution des événements. (Évidemment il n’y a aucune comparaison entre la puissance et les choix possibles du Parti bolchevik de l’époque et le mouvement communiste en France aujourd’hui!)

Il s’agit de savoir, si la sortie de l’Euro de l’UE et de l’Otan – arsenal au service de notre ennemi de classe – est pour nous un objectif stratégique, auquel il faut s’attaquer immédiatement, ou si nous choisissons de n’engager ce combat que lorsque nous serons certains d’atteindre l’objectif par «la porte de gauche».

Nous savons déjà que la sortie «par la porte de droite» du Front national est ambigüe. Citons le passage de l’entretien où «Marine le Pen a répondu clairement à la question de Calvi: «…en cas de référendum est-ce que vous voteriez pour quitter l’Europe? Réponse de MLP: Non, Non, moi je vous dis il y a énormément de points qui doivent être négociés.». Ce qui implique qu’il faudrait encore savoir, s’il y a réellement une sortie «par la porte de droite». Pour conclure, c’est comme si nous attendions la résolution d’une contradiction avant le heurt entre la thèse et l’antithèse, ou que nous mettions la charrue avant les bœufs. Le dilemme ne se situe pas seulement entre la sortie par «la porte de gauche» ou par «la porte de droite» mais entre ces deux voies et une sortie «tout court». Cette dernière option donnerait lieu à un nouveau contexte antagonique. Notre devoir est à mon avis d’œuvrer immédiatement, louvoyer s’il le faut, en direction de ces objectifs, (sortie de l’Euro, de l’UE et de l’OTAN) et quand cela sera fait nous poursuivrons d’autres luttes, libres de changer d’alliances selon les circonstances pour avancer inéluctablement, selon évidemment nos moyens et ceux de nos alliances temporaires, ponctuelles ou permanentes, sur le chemin vers le communisme en passant par le socialisme.

Un autre facteur de la plus grande importance est le développement de conscience de la classe ouvrière, comment la toucher avec une propagande adaptée, la localiser, l’éclairer, l’aider, l’organiser. Comment lui éviter le piège capitaliste de la discrimination et l’irrespect à l’encontre de ses frères, les travailleurs d’autres origines, d’autres cultures. Comment expliquer que le chômage est une absurdité capitaliste et que chaque travailleur est une source de valeur, susceptible de bénéficier à tous, à condition qu’il puisse travailler et gagner sa vie dignement. Il n’y a que le socialisme qui puisse répondre à cela.

Nous sommes orphelins d’un Parti!

Alexandre MOUMBARIS

* Voir aussi: http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/prcf-cnr-4sorties_et_revolution_socialiste/

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