Sionisme, génocide et la tradition coloniale en Syrie contemporaine

Syrie contemporaine

par Stephen GOWANS

ISIS «est génocidaire par ses proclamations, son idéologie, et ses actions.» – Secrétaire d’État, John Kerry1.

«Si nous devions choisir entre ISIS et Assad, nous prendrions le premier.» – Ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Michael Oren, maintenant membre de la Knesset2.

L’International Association of Genocide Scholars [Association internationale des chercheurs sur les génocides] a accusé le Daech de génocide contre les musulmans chiites, ainsi que contre les Yazidis et les Kurdes au Moyen-Orient. Les Knights of Columbus [Chevaliers de Colomb] ont exprimé leur inquiétude concernant les tentatives de l’organisation militante sunnite d’expugner les chrétiens de son califat en Syrie et en Irak. Le secrétaire d’État John Kerry a dénoncé le Daech pour sa nature génocidaire, qui est exprimé, comme il dit, «par ses proclamations, son idéologie, et ses actions»3. Toutefois, si on donnait à l’État d’Israël (qui pour justifier son existence invoque abondamment le génocide anti-juif nazi) le choix entre le Daech et Assad, il préférerait le premier. Tout au moins, c’est ce que disait l’ancien ambassadeur israélien et membre du Knesset, Michael Oren, et son point de vue semble être partagé par le courant principal de la pensée stratégique israélienne. Shimon Peres, quand il était président d’Israël, avait anticipé Oren en disant qu’il espérait que les rebelles syriens — dominés par al-Qaïda et leurs progénitures — gagneraient4.

La branche officielle d’al-Qaïda en Syrie, Jabhat al-Nusra, en coordination avec les militaires israéliens5 contrôlent le plateau de Golan et le territoire situé le long de la frontière syrienne avec l’Israël6. Les forces militaires israéliennes disent être arrivées «à une entente» avec ce groupe, que Washington et ses alliés officiellement condamnent comme terroriste, et a une «familiarité» avec les forces d’al-Qaïda «sur le terrain». À en croire les déclarations d’officiels militaires israéliens7l’alliance Israël-al-Qaïda serait «extrêmement tactique». Cela n’a pas échappé à l’attention du gouvernement de Damas. Le président syrien Bachar al-Assad a déclaré aux Affaires étrangères [Nous présumons du Canada – NdT] que les Israéliens «soutiennent les rebelles en Syrie».

«C’est très clair, parce que chaque fois que nous faisons des avancées, ils lancent une attaque pour affaiblir l’armée. C’est évident et c’est pourquoi certains en Syrie plaisantent en disant ‘comment pouvez-vous dire qu’al-Qaïda n’a pas une armée de l’air? Ils ont l’armée de l’air israélienne»8.

«Des éléments sunnites… contrôlent environ deux-tiers à 90% de la frontière située sur le plateau de Golan, mais n’attaquent pas l’Israël» dit Amos Yadlin, ancien directeur du renseignement militaire israélien, notant que les militants d’al-Qaïda «comprennent qui est leur véritable ennemi»et «ce n’est pas Israël»9.

Des paramédicaux israéliens «patrouillent la frontière et soignent les blessés qu’ils rencontrent. Une fois leurs blessures examinées, certains sont cousus et traités sur place, d’autres transportés à un hôpital de campagne pour chirurgie de base et rétablissement, ou s’ils ont besoin de chirurgie importante, envoyés au Centre médical Ziv, dans la ville israélienne de Tsflat, à une heure environ de là»10. De 2013 à 2015 1.500 militants sunnites ont traversé la frontière d’Israël pour bénéficier de traitements médicaux11. Certains, sinon le gros d’entre-eux, étaient de la branche syrienne d’al-Qaïda.

Ainsi, si l’Israël n’est pas le vrai ennemi d’al-Qaïda, comme dit Yadlin, qui le serait alors? Et pourquoi?

L’axe de la résistance

«Il n’y a aucun doute que le Hezbollah et l’Iran sont les menaces principales d’Israël, beaucoup plus que les islamistes sunnites radicaux…» – Amos Yadlin12.

Le philosophe Thomas Kapitan maintien que la question du conflit israélo-palestinien peut être posée en termes occidentalo-arabes, puisque Israël a été créé et soutenu au Moyen-Orient par l’intervention occidentale. En même temps, il peut être posé en termes de conflit occidentalo-islami-que, puisqu’il comporte l’implantation d’un État juif étranger au cœur du monde islamique13.

J’arguerais que l’Iran ressent le conflit comme occidentalo-islamique, la Syrie comme occidentalo-arabe et le Hezbollah les deux. Les perspectives de ces trois protagonistes qui composent «l’axe de la résistance,» sont anti-impérialistes, anticolonialistes, et antisionistes, bien qu’ils soient arrivés à ces positions depuis trois points de départ différents. Le fil conducteur qui lie cette alliance est politique, pas religieux. Comme Anne Barnard du New York Times explique, «alors que le Président Bachar al-Assad et beaucoup de chefs de sécurité appartiennent à la secte alawite, liée au Chiisme, ils se considèrent comme des alliés de manière laïque et non pas religieuse, pour des raisons stratégiques et politiques avec l’Iran et le Hezbollah»14

Ce fil conducteur politique qui lie l’alliance est l’opposition au sionisme, c’est de dire, l’hostilité à l’idée qu’un État juif s’implante sur le territoire volé aux Palestiniens — en grande partie musulmans — qui ont été expulsés de chez eux. Le soutien à l’autodétermination palestinienne est le thème politique central de l’Axe de la résistance.

La Constitution syrienne stipule son hostilité à un État juif exclusiviste construit sur le territoire palestinien volé, et cela dans le contexte de référence à l’intervention coloniale de l’Occident dans le monde arabe. Le préambule de la Constitution déclare que la Syrie est «le cœur battant de l’arabité, la ligne de front dans la confrontation avec l’ennemi sioniste et le socle de la résistance contre l’hégémonie coloniale envers le monde arabe et ses capacités d’épanouissment.»15.

L’opposition iranienne au sionisme n’est en aucune manière moins résolue, mais est mésinterprétée à l’Ouest comme une menace militaire enracinée dans la xénophobie anti-juive. Mais comme Glen Kessler de Washington Post l’explique, le guide suprême Ali Khamenei d’Iran «a été cohérent, énonçant à plusieurs reprises que le but n’est pas la destruction militaire de l’État juif mais la défaite de l’idéologie sioniste et la dissolution d’Israël par un référendum populaire»16

Selon Khamenei:

«La proposition de la République islamique en vue de résoudre le problème palestinien et guérir cette vieille blessure est une claire et logique initiative basée sur des concepts politiques admis par l’opinion publique mondiale… Nous ne proposons pas de lancer une guerre classique avec les armées des pays musulmans, où les juifs immigrés seraient jetés à la mer… Nous proposons la tenue d’un référendum par la nation palestinienne. La nation palestinienne, comme n’importe quelle autre nation, a le droit de déterminer sa propre identité et d’élire son système de gouvernance»17.

Le Hezbollah, a été formé en 1982 pour repousser l’invasion israélienne du Sud du Liban, récupérer le territoire libanais non encore rendu par Israël (les fermes de Shebaa) et préserver le pays de futures agressions israéliennes; il est également commis à promouvoir l’autodétermination palestinienne. Son but, expliqué par son secrétaire-général Sayyed Hassan Nasrallah: «est de renverser le projet sioniste» c’est à dire le démantèlement de l’appareil État sioniste établi sur le territoire volé et fondé sur le déni de l’autodétermination palestinienne18. Atteindre ce but, selon leHezbollah, entend le retour aux propriétaires légitimes palestiniens de «toute la Palestine… de la mer (Méditerranée) au fleuve (Jourdain)»19.

Le Front populaire pour la libération de la Palestine (PFLP), une organisation palestinienne de résistance, joue un petit mais important rôle dans l’Axe de la résistance. Il considère que le conflit arabo-sioniste ne peut être résolu ou mené à bout par une solution à deux États, mais seulement par la mise en place d’une démocratie laïque sur tout le territoire de la Palestine historique, où tous les citoyens seront égaux20. Le but historique du FPLP est de promouvoir un seul État démocratique en Palestine21. Ahmed Saadat, le secrétaire-général du FPLP emprisonné, dit que le conflit au Moyen-Orient ne peut être résolu que par la création d’un État commun des Palestiniens et des juifs22. De manière significative, le FPLP, une organisation laïque, marxiste est en grande partie financée par l’Iran23, démentant la fiction que l’Axe de la résistance est fondé sur des liens religieux, plutôt que politiques antisionistes, voire anticolonialistes.

Le projet de démantèlement de l’appareil d’État sioniste en Palestine est analogue à la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Ce projet antisioniste n’est pas plus antijuif ni ne préconise la destruction des juifs, que la lutte antiapartheid contre les blancs ne visait la destruction de la communauté d’origine coloniale européenne en Afrique du Sud. Au cœur des deux réside le combat anticolonial et pour l’autodétermination des peuples autochtones.

L’Arabie saoudite: Base de la réaction arabe

La perspective de l’Arabie saoudite, et celles de tyrannies semblables du Golfe, est une «fidélité aux puissances néocoloniales et sionistes», dénonciation qui a été faite à la Knesset d’Israël par des députés des partis arabes contre les monarchies pétrolières, en réaction à leur qualification duHezbollah comme organisation terroriste24. Le fait que le Hezbollah se soit associé au combat avec la Syrie, l’Iran, et la Russie contre les déprédations et le terrorisme sectaires d’al-Qaïda et de ses ramifications, est vraisemblablement la raison sous-jacente de la dénonciation par les monarchies arabes réactionnaires de l’organisation libanaise de résistance.

Nasrallah du Hezbollah précise que «le seul État, entité ou existence qui pour ‘Israël’ constitue une menace existentielle est la République islamique d’Iran»25. Mais pourquoi pas l’Arabie saoudite? Un État arabe et musulman — et donc, s’il faut croire la rhétorique israélienne, résolument hostile à Israël. L’Arabie saoudite dispose du quatrième plus grand budget militaire au monde, il n’est dépassé que par ceux des États-Unis, de la Chine et de la Russie26. Riyad dépense plus par habitant pour son budget militaire que n’importe quel autre pays dans le monde, y compris Israël, qui vient en second et les États-Unis en troisième. À $81 milliards, les dépenses militaires annuelles de l’État saoudien sont plus de six fois supérieures au budget annuel, comparativement maigre, de défense de l’Iran, soit $13 milliards. Étant donné ce significatif déséquilibre, Israël devrait certainement considérer l’Arabie saoudite comme une menace bien plus grande que l’Iran. De plus, les dépenses militaires de la tyrannie saoudienne sont cinq fois plus importantes que le budget militaire d’Israël. De surcroît les dépenses militaires d’Israël sont supérieures à celles de l’Iran. Comment alors est-il possible, que l’Iran et non pas le colosse militaire saoudien, puisse être une menace existentielle pour Israël? Ce n’est pas cohérent, à moins que nous reconnaissions que l’Arabie saoudite est, comme l’observent les partis arabes à la Knesset, le domestique «des forces néocoloniales et sionistes».

Les monarchies arabes, dès leur naissance, ont été emmêlées avec l’impérialisme occidental et ont agi comme ses agents locaux; en échange de leur protection contre leurs propres populations. En effet, ces États sont des créations de l’Occident. «Les frontières artificielles qui délimitent cesÉtats, ont été conçues par des impérialistes œuvrant à construire des barrières autour des puits de pétrole dans les années 1920»27. L’Arabie saoudite n’est pas une exception. Comme l’observe Sayyed Nasrallah, la dictature de la famille Saud «a été établie avec l’appui, l’argent, et l’artillerie britanniques, et fait partie intégrante du plan colonial britannique pour contrôler» les Arabes28. Le soutien britannique à la tyrannie de la famille des Saud demeure plus fort que jamais. Le Premier ministre britannique, David Cameron avait l’année dernière mis en berne l’Union Jack [drapeau national – NdT] à l’occasion de la mort du despote saoudien, le roi Abdullah, emblématique de l’hypocrisie totale de l’élite britannique, qui se prosterne devant les tyrans décapiteurs, misogynes et islamistes de la péninsule arabique, tout en se pavanant dans le monde entier aux talons de leur maître étasunien se posant absurdement comme des champions de la démocratie.

Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite, de même qu’Israël, font fonction d’alliés régionaux les plus importants de la dictature internationale des États-Unis. Et, en tant que protégés de cette dictature, les dirigeants saoudiens se sont depuis bien longtemps réconciliés avec l’existence au cœur de la nation arabe d’un État juif comme avant-poste de l’impérialisme occidental, entrecoupant ses sphères africaines et asiatiques. Autant qu’Israël, l’Arabie saoudite est une satrapie étasunienne. Elle envoie de vastes sommes provenant du pétrole aux banques d’investissement étasuniennes, dépense largement sur l’achat d’armes de ce pays; et par conséquent est a la position improbable de quatrième plus grande puissance militaire du monde, en dépit du fait que sa population ne compte que 30 millions de personnes, le dixième des États-Unis.

La dictature sur la péninsule arabique mène de l’intérieur de la région une guerre contre les forces anti-néocoloniales qui rejettent l’hégémonie des États-Unis et d’Israël et qui insistent implacablement pour l’autodétermination de la Palestine. Elle cherche à affaiblir et miner ces forces progressistes en se servant de la religion pour atteindre le but profane de dévier la résistance vers le projet impérialiste occidental, dans des guerres contre les «apostats» et les «infidèles». Les infidèles et les apostats s’avèrent n’être rien d’autre que les anticolonialistes de la région, les nationalistes laïques, les socialistes ou les communistes, ainsi que les Iraniens et le Hezbollahsoutenu par l’Iran, qui rejettent l’intervention occidentale dans les mondes arabes et musulmans, qu’elle soit directe ou par procuration d’Israël et des monarchies arabes. Pour obscurcir ces différences politiques, l’Islam politique inspiré par les Saoudiens dénonce comme infidèles les laïques pour leur rejet de l’organisation de la société sur la base du Coran, alors que les Iraniens et le Hezbollah sont excoriés pour «apostasie» parce qu’ils ont une vue différente de l’Islam. Les questions religieuses concernant les infidèles et les apostats sont exploitées de manière machiavélienne comme écran de fumée pour obscurcir les différences politiques et lancent un signal de mobilisation aux fidèles sunnites contre les forces progressistes.

La nature de la tyrannie saoudienne a été reconnue récemment par le New York Times. Le journaliste Ben Hubbard avait écrit, «le pays a été fondé sur une alliance entre la famille des Saud, dont les membres sont devenus les monarques, et un ecclésiastique appelé cheik Muhammad Ibn Abdul-Wahhab, dont les enseignements ont été employés pour justifier la conquête militaire en déclarant le Djihad contre ceux considérées comme étant des infidèles et qui pour la plupart étaient d’autres musulmans»29. Rien n’a changé. Avec l’Arabie saoudite confondue dans l’empire étasunien, les idéologies inspirées par le wahhabisme, auxquelles adhérent al-Qaïda et ses ramifications, sont employées pour justifier la conquête militaire de territoires où existe une forte opposition à la domination des États-Unis et au colonialisme sioniste, en l’étiquetant Djihad contre les infidèles laïques (le gouvernement syrien) et les apostats (l’Iran chiite et le Hezbollah.).

Nasrallah précise que la résistance arabe et musulmane contre Israël a été continuellement canalisée vers d’autres projets, au plus grand plaisir des Israéliens. Il remet en cause les priorités des combattants venant «de partout dans le monde» qui ont rejoint «la guerre en Afghanistan»dans les années 1980, contre un gouvernement marxiste-léniniste et de militaires soviétiques intervenus pour l’étayer. Ce n’est pas qu’il remette en cause la légitimité de ce combat, mais il conteste sa priorité, définissant la défaite de l’idéologie sioniste et le démantèlement de l’appareil d’État juif d’exclusiviste au cœur du monde arabe et musulman, comme étant le premier objectif et le plus urgent pour ses coreligionnaires.

L’Arabie saoudite a joué le rôle principal dans la propagation de l’islamisme. Les islamistes «à divers moments au cours du siècle passé» ont été «des alliés utiles» aux puissances occidentales, à Israël, et aux monarchies arabes.

«Un exemple parmi beaucoup d’autres: les Frères musulmans à Gaza et en Cisjordanie, ont pendant les années 1980 envoyé de jeunes musulmans palestiniens ardemment radicaux en Afghanistan pour combattre l’armée soviétique… Ils ont fait cela sur la base de l’argument curieux que la voie du «véritable Djihad» pourrait être recherchée non pas en résistant à l’occupation israélienne de la bande de Gaza, mais plutôt à la très lointaine Asie centrale. Les agences secrètes de nombreux États ont patronné ce «Djihad» et pas moins celles de la CIA et des Services de renseignements saoudiens et pakistanais. Inutile de dire, que les autorités d’occupation militaires israéliennes et leurs attentifs services de renseignements ont considéré ce développement avec une indulgence bienveillante, encourageant n’importe quel mouvement qui stimulait le départ de ces jeunes radicaux et affaiblissait le fâcheux nationalisme représenté par l’OLP30.

Après l’Afghanistan, «ils nous ont immédiatement fabriqué une nouvelle priorité,» explique Nasrallah. Les Saoudiens «ont fabriqué une guerre et inventé un nouvel ennemi appelé l’expansion iranienne». Il a continué: Ils «ont implanté la notion que l’Iran est l’ennemi dans les esprits de beaucoup de groupes islamiques, que la priorité était d’affronter le danger, la pensée et l’expansion chiites, et que ce danger chiite était une menace plus grande pour (le monde musulman) que l’Israël et le plan sioniste». Et pourtant les Saoudiens n’avaient montré aucune hostilité à l’égard du Shah d’Iran, un chiite «proche d’Israël» et un des policiers de faction de Washington31. La plupart des adhérents à l’idéologie inspirée par les Saoudiens croient que le combat contre les apostats et que s’opposer au chiisme est plus important que de s’opposer au colonialisme sioniste32. Ceci, naturellement, est du petit lait pour les colonialistes et leurs patrons occidentaux.

Selon Nasrallah, les Saoudiens ont dissimulé les questions politiques dans un «habit sectaire.»

«En Égypte aujourd’hui il y a un conflit politique, une profonde polarisation. Ce conflit est-il sectaire? Il ne l’est pas, il est politique. En Libye il y a un conflit majeur et une profonde polarisation. Est-il sectaire? En Tunisie il y a un conflit politique majeur et au Yémen aussi. Oui, quand nous arrivons aux pays caractérisés par le pluralisme et la diversité religieuse, comme la Syrie, le Liban, l’Irak et le Bahreïn, la question devient sectaire quand en fait il s’agit d’un conflit politique. Ce conflit est politique. Pourquoi est-il transformé en conflit sectaire? Ils font ceci intentionnellement et non pas par ignorance. Aujourd’hui, ce sectarisme est l’une des armes les plus destructives de la région»33

«Ce n’est pas un conflit entre religions, mais entre une puissance ayant un programme de résistance» (Iran-Syrie-Hezbollah) «et une qui est pro-colonialiste» (les monarchies arabes), mais elles voudraient faire croire qu’il s’agit d’un conflit religieux»34.

La tradition coloniale

À la racine du conflit au Moyen-Orient la question est de savoir si un État juif exclusiviste établi sur le territoire usurpé aux Palestiniens a le droit d’exister. La réponse est claire: il a autant le droit d’exister qu’avait l’État d’apartheid d’Afrique du Sud, à savoir aucun. Cela cependant ne signifie pas, que les juifs ne devraient pas être les bienvenus dans un État égalitaire démocratique sur les territoires de la Palestine historique. Au contraire, il est impensable que dans une solution réalisable du conflit, les colons juifs soient expulsés de Palestine, pas plus qu’il était raisonnable ou réaliste d’avoir voulu dans les années 1990 expulser d’Afrique du Sud les blancs d’origine européenne. Mais un seul État démocratique, dans lequel tous les citoyens sont égaux, indépendamment de leur religion – étant donné la résonance que trouve ce genre d’arrangement avec les principes largement acceptés d’égalité politique, ainsi que le précédent du démantèlement du régime raciste blanc en Afrique du Sud — apparaît non seulement souhaitable, mais imaginable et capable de mobiliser le soutien de l’opinion publique à travers le monde, s’il ne l’a pas déjà fait. Ce n’est pas l’opinion publique mondiale qui empêche l’abolition du colonialisme sioniste; mais le soutien qu’Israël obtient de Washington en tant qu’avant-poste au Moyen-Orient de l’impérialisme étasunien qui fait obstacle.

En conclusion, les récents messages électroniques  d’Hillary Clinton alors qu’elle était secrétaire d’État des É-U dévoilés par WikiLeaks ont révélé que le but de la politique étasunienne en Syrie est de renverser le gouvernement nationaliste arabe pro-palestinien à Damas pour affaiblir ainsi l’Axe de la résistance, et son pivot central, l’Iran. Il y a trois ans Nasrallah affirmait cela publiquement. «Israël sait que les sources les plus importantes, de la force de la résistance au Liban et en Palestine, sont la Syrie et naturellement la République islamique de l’Iran. C’est pour cette raison qu’il veut faire sortir la Syrie de l’équation et coincer la résistance en Palestine et au Liban»35.

Pour arriver à faire «sortir» la Syrie, Israël — un État en partie sensé avoir été établi comme terre de refuge des tribulations génocidaires anti-juives en Europe — s’entend avec des organisations qui poursuivent leurs propres plans génocidaires, parties d’un plus grand projet néocolonial visant à attiser les divisions au Moyen-Orient pour affaiblir les forces investies dans le projet d’autodétermination des peuples autochtones de la région. Le projet colonial européen s’est fréquemment appuyé sur le génocide ouvrant la voie à la maîtrise par les colons européens des populations autochtones. Mais ce n’est pas le génocide lui-même qui doit agiter nos esprits, mais afortiori, c’est son parent, la tradition coloniale, dont le sionisme lui-même est une expression, et où le génocide a été l’une de ses pratiques habituelles, qui mérite notre opposition résolue.

Le plus grand de tous les holocaustes, aussi obscène soit-il, n’a pas été celui perpétré contre des juifs en Europe par l’Allemagne nazie, bien qu’il ait été accompagné par l’extermination systématique d’autres groupes, dont les Rom, les communistes et les Slaves. Si nous devions donner une priorité aux génocides, comme celle donnée à l’holocauste anti-juif, dit Holocauste avec un grand «H», ce serait à celui beaucoup plus grand, dont on parle peu, et encore si on l’admet comme tel, a droit impérieusement à cette qualification sinistre — celui des Amérindiens. En termes de nombre d’êtres humains exterminés, l’holocauste amérindien est peut-être le plus grand crime de la tradition coloniale européenne.

Le régime d’Hitler, on devrait noter, représente l’idéologie et la pratique coloniales européennes sous sa forme la plus élevée. Ses méthodes ont été basées sur celles frayées par la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis pour construire de vastes empires, et par la Belgique et le Portugal, pour en construire de plus petits. Ce qui a rendu Hitler répréhensible à l’esprit occidental, n’était pas la brutalité de ses méthodes et son idéologie raciste — parce que celles-ci provenaient directement des traditions coloniales européennes – mais a été d’avoir cherché à établir un empire allemand à l’Est, apportant de ce fait au sein de l’Europe les méthodes et le racisme que les Britanniques avaient employé en Inde, les Français en Afrique et en Indochine, et les jeunes États-Unis utilisé pour la construction d’un empire continental. Hitler a dit que l’Europe centrale et orientale, y compris la Russie, seraient pour l’Allemagne ce qu’était l’Ouest américain aux États-Unis et l’Inde à la Grande-Bretagne. Dans son Discours sur le colonialisme, Aime Cesaire fait remarquer «ce que (les Occidentaux) ne peuvent pas pardonner à Hitler n’est pas le crime lui-même… mais le crime contre l’homme blanc, et le fait qu’il ait appliqué des méthodes coloniales européennes qui jusque-là étaient réservées exclusivement aux Arabes en l’Algérie, «aux coolies» en Inde et aux ‘négros’ en Afrique36. Le nazisme était du colonialisme lâché sur des Européens. Vu depuis la perspective des horreurs coloniales nazies introduites en Europe, les occidentaux pourraient commencer à comprendre les horreurs et les oppressions coloniales équivalentes que l’Ouest a fait subir aux Arabes, Perses et, au moyen de son avant-poste israélien, aux Palestiniens, pour ne rien dire du caractère politique des pratiques et de l’idéologie que les gouvernements occidentaux et leurs alliés poursuivent, même à ce jour, au Moyen-Orient.

 

Notes

  1. Matthew Rosenberg, “Citing atrocities, John Kerry calls ISIS actions genocide,” New York Times, le 17 mars 2016.
  2. Yarolsav Trofimov, “Israel’s main concern in Syria: Iran, not ISIS,” The Wall Street Journal, 17 mars, 2016.
  3. Rosenberg, le 17 mars 2016.
  4. Patrick Seale, “Only a ceasefire will end the nightmare in Syria,” Gulf News, 26 juillet 2012.
  5. Yarolsav Trofimov, “Al Qaeda a lesser evil? Syria war pulls U.S., Israel apart,” The Wall Street Journal, 12 mars 2015; Trofimov, 17 mars 2016.
  6. Isabel Kershner, “Scanning borders, Israel surveys new reality of tunnels and terror,” The New York Times, 11 février 2016.
  7. Trofimov, le 12 mars 2015.
  8. “Syria’s president speaks,” Foreign Affairs, le 25 janvier 2015.
  9. Trofimov, le 12 mars 2015.
  10. Ashley Gallagher, “Some wounded Syrians seek treatment from Israeli hospitals,” Al Jazeera America, le 18 mars 2014.
  11. Trofimov, le 12 mars 2015.
  12. Trofimov, le 12 mars 2015.
  13. Thomas Kapitan, “The Israeli-Palestinian Conflict,” in Thomas Kapitan ed., Philosophical Perspectives on the Israeli-Palestinian Conflict, 1997.
  14. Anne Barnard, “Muslim shrine stands at crossroads in Syria’s unrest,” The New York Times, le 8 avril 2014.
  15. http://sana.sy/en/?page_id=1489
  16. Glen Kessler, “Did Ahmadinejad really say Israel should be ‘wiped off the map’?” The Washington Post, le 6 octobre 2011.
  17. Kessler, le 6 octobre 2011.
  18. “Sayyed Nasrallah: Never to leave Palestine, ‘Israel’ scheme toppled in Lebanon,”

http://www.english.alahednews.com.lb/essaydetails.php?eid=30020&cid=385#.Vv_xacv2bcs
19. “Sayyed Nasrallah’s full speech on Al-Quds day,” July 10, 2015. http://www.english.alahednews.com.lb/essaydetails.php?eid=29890&cid=564#.Vv_xm8v2bcs

  1. “PFLP affirms that PLO membership does not mean acceptance of the ‘two-state solution’”, site internet du FPLP, obtenu le 2 mars 2009, http://www.pflp.ps/english/?q=pflp-affirms-plo-membership-does-not-mean-acceptan
  2. Paula Schmitt, “Interview with Leila Khaled,” 972 blog, le 17 mai 2014.
  3. “Jailed PFLP leader, “Only a one-state solution is possible,” Haaretz, le 5 mai 2010.
  4. Creede Newton, “Paradise is in the life, not the next: the Marxists of Gaza are fighting for a secular state,” vice.com, le 25 février 2016.
  5. Trofimov, le 17 mars 2016.
  6. “Sayyed Nasrallah’s full speech on Al-Quds day, le 10 juillet 2015.
  7. Bank of America Merrill Lynch, “Transforming World Atlas,” le 4 août 2015.
  8. Robert Dreyfuss, The Devi Game: How the United States Helped Unleash Fundamentalist Islam, Holt, 2005, p. 99.
  9. Full speech delivered by Hizbullah Secretary General Sayyed Nasrallah, on the commemoration ceremony held in honour of Sheikh Mohammad Khatoun, delivered on January 3, 2016. http://en.abna24.com/service/middle-east-west-asia/archive/2016/01/03/728497/story.html
  10. Ben Hubbard, “ISIS turns Saudis against the Kingdom, and families against their own,” The New York Times, le 31 mars 2016.
  11. Rashid Khalidi, The Iron Cage: The Story of the Palestinian Struggle for Statehood, Beacon Press, 2006, xxx.
  12. Sayyed Hassan Nasrallah’s speech on al-Quds Day, le 10 juillet 2015. http://www.english.alahednews.com.lb/essaydetails.php?eid=29846&cid=385#.Vv_yjsv2bcs
  13. Radwan Mortada, “Why isn’t the Islamic state fighting Israel?,” Al Akhbar English, le 2 août 2014.
  14. Sayyed Hassan Nasrallah’s live speech on al-Quds Day, 2013.
  15. Workers World, le 1er juin 2008.
  16. Sam Dagher, “Hezbollah says weapons coming from Damascus,” The Wall Street journal, le 9 mai 2013.
  17. Aime Cesaire, Discourse on Colonialism, Monthly Review Press, 2000, p. 36.

 

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[Global Research, 3 avril 2016, https://gowans.wordpress.com/2016/04/02/zionism-genocide-and-the-colonial-tradition-in-contemporary-syria/

www.globalresearch.ca/zionism-genocide-and-the-colonial-tradition-in-contemporary-syria/5518258]

[Traduction Alexandre MOUMBARIS, relu Marie-José MOUMBARIS pour le Saker francophone]

 

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