MÉLENCHON manque de peu le second tour : trop de bobos, pas assez de prolos !

Le point de vue de Gilles Questiaux Réveil Communiste :

Jean-Luc Mélenchon n’aura donc pas réussi à atteindre le second tour. C’est dommage. Je n’ai jamais été un inconditionnel de son programme, loin de là, mais j’ai de la sympathie pour le personnage. Il a l’étoffe d’un grand dirigeant.

Il a eu le courage d’être le candidat de la paix, et de proposer un véritable changement social dans l’intérêt des classes populaires.

Il a contribué aussi à la ruine du PS, cette formation qui trahit le peuple depuis sa création, en 1920.

Je n’ai pas mis en avant les limites de sa campagne, pendant sa campagne, pour des raisons évidentes. Maintenant, il est temps d’analyser ce qui est un succès pour la formation politique qu’il a créé pour la porter, mais reste une défaite pour parler concrètement : la France ne quittera pas l’OTAN, la loi El Khomri restera et sera aggravée. Et la cantine scolaire ne sera pas rendue gratuite.

Il obtient environ 19% des voix, ce qui parait un score honorable. Cependant ce qu’il est encore convenu d’appeler « la gauche » ne réunit pas plus de 27% ! Il semble donc que Jean-Luc Mélenchon se soit trompé de stratégie en tentant de phagocyter la candidature Hamon, qui avait été lancée précisément pour lui faire concurrence avec un discours de pseudo-radicalité. Alors qu’il avait dit lui-même, à ceux qui lui demandaient de se retirer face aux sondages truqués qui le mettaient derrière Hamon, que leurs électorats n’étaient pas compatibles. Et il était pendant ce temps-là trop aimable avec l’ennemi principal. Il a ménagé les préjugés géopolitiques de l’électorat socialiste, il a tiré sur l’ambulance Fillon, et il a laissé passer tranquille le petit banquier. Fatale erreur.

Ayant assisté au débat télévisé dont il s’est pourtant bien sorti, je n’ai jamais cru que ces simples apparitions justifiaient sa remontée dans les sondages d’opinion. Les sondeurs l’ont simplement ramené au niveau réel où il se trouvait depuis le milieu de l’automne, à un niveau réaliste, leur crédibilité future étant en cause.

Significativement, il a choisi de consacrer à l’Est parisien sa dernière semaine, et ce district embourgeoisé depuis longtemps n’en valait pas la peine. Il s’est affiché symboliquement dans la péniche du Canal Saint Martin aussi loin que possible de la France périphérique des perdants de la mondialisation. Lors de son multi-meeting, il a aussi effectué un rétropédalage sur la question européenne («ne les croyez pas, ceux qui disent que je veux quitter l’union européenne ») qui lui a peut-être couté la seconde place.

Il aurait bien mieux valu aller à Belfort, auprès des ouvriers d’Alstom, dénoncer Macron qui les a bradés aux Américains !

Il aurait mieux valu se tourner plus résolument vers le prolétariat. Pour celui-ci, il fallait parler clair : sortie de l’Europe, limitation de l’immigration, nationalisation des banques. Le prolétariat est divers et métissé, sans doute, mais il est opposé comme il l’a toujours été et comme il sera toujours à l’importation de nouvelle main d’œuvre.

Il aurait fallu que dans le programme de la « France insoumise » le chapitre social soit mis en avant. Il y paraissait secondaire par rapport à l’écologie, et à la constituante.

La soudaine complaisance des médias à partir des débats télévisés était un mauvais signe. Leur retournement soudain, avec l’affaire bolivarienne n’aurait pas dû le prendre au dépourvu. Au lieu de se défendre de toute affinité avec des « dictateurs » (ce qui laissait supposer que Maduro en était un) il aurait mieux fait de dire : « le Venezuela n’est pas une dictature, les élections sont libres, Maduro est démocratiquement élu, l’assemblée nationale d’opposition l’est aussi, les manifestations de rues pacifiques sont autorisées, les manifestations violentes sont réprimées, comme ici, ni plus ni moins ». Qu’est-ce que ça lui coûtait ?

Je pense qu’il n’appellera pas à voter Macron, et c’est à son honneur. Mais il y a trop de monde, en particulier au PCF et chez les « gauche-pattes » qui s’est déjà joint au soi-disant Front républicain. Marine le Pen est sans doute une ennemie de la République. Macron est un ami du Capital, et comme tel un ennemi de l’humanité. Il représente un danger mortel : la suppression pure et simple du droit social, de la démocratie politique, et le gouvernent direct des banquiers et de l’oligarchie mondialisée.

Alors pour nous, qu’il soit clair, pas une voix pour Macron. Plutôt crever !

Marine Le Pen n’est pas une alternative comme tous les fascistes utilise un langage de gauche pour tromper le peuple. Donald Trump n’a pas attendu longtemps pour jeter son programme aux orties. Le vote FN est le vote conseillé par les médias et l’oligarchie à ceux qui n’aiment pas les médias et l’oligarchie

Quant à « La France Insoumise », c’est peut-être une bonne chose qu’elle ait raté de peu la fenêtre de tir qui lui aurait permis de s’emparer du pouvoir en France, par surprise. Sa base sociale est pour le moment trop étroite pour lancer ce qui était potentiellement une révolution. Partie remise ? Certainement !

GQ, 23 avril 2017

 

SOURCE :

Analyse de la défaite de Mélenchon : trop de bobos, pas assez de prolos. – Réveil Communiste

http://www.reveilcommuniste.fr/2017/04/analyse-de-la-defaite-de-melenchon-trop-de-bobos-pas-assez-de-prolos.html

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