La supercherie du droit-de-l’hommisme

Bruno Guigue

jeudi 24 août 2017, par Comité Valmy


La supercherie du droit-de-l’hommisme

Hormis les réactionnaires qui pensent que les hiérarchies sociales sont fondées en nature et qu’il y a des hommes faits pour commander et d’autres pour obéir, tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut défendre les droits de l’homme. Mais il faut admettre que les uns et les autres ne parlent pas de la même chose. Si l’on entend par cette expression la possibilité pour chacun de jouir du bien commun, alors l’accès à l’emploi, au logement, aux soins et à l’éducation fait partie des droits de l’homme – ou des droits humains, ne jouons pas sur les mots – au même titre que la liberté d’expression ou le choix de son orientation sexuelle. Prendre au sérieux les droits de l’homme, c’est y inclure les droits collectifs, c’est-à-dire la possibilité de vivre dans des conditions matérielles décentes.

Les militants des droits de l’homme, pourtant, ne s’intéressent qu’aux droits individuels et délaissent ostensiblement les droits collectifs. Que des individus soient emprisonnés ou empêchés de s’exprimer par des gouvernements autoritaires leur est insupportable, mais que des masses d’affamés subissent la loi d’airain du capital mondialisé leur est indifférent. Leur compassion pour l’humanité souffrante est étrangement sélective. Ils ne se mobilisent que pour des minorités ou des individus isolés, ils agissent au cas par cas en sélectionnant les individus ou les groupes qu’ils jugent dignes de leur attention, et on ne les voit jamais prendre fait et cause pour une classe socialement opprimée.

Le vocabulaire de la plupart des ONG – majoritairement anglo-saxonnes – en témoigne clairement. Elles entendent combattre la discrimination et non l’exploitation, l’exclusion et non la pauvreté, la privation de liberté infligée à quelques-uns et non la misère imposée au grand nombre. Leur philosophie est celle de l’individualisme libéral, qui ne connaît que des individus porteurs de droits et se soucie peu de savoir s’il y a parmi eux des riches et des pauvres. Ne parlons pas de la lutte des classes, ce gros mot qu’elles ne veulent même pas entendre prononcer. La seule lutte qui compte à leurs yeux, c’est celle qui vise à aligner des individus abstraits sur un standard restreint aux libertés formelles – et individuelles – en oubliant allègrement que ces libertés n’existent que sous certaines conditions.

Pour tout dire, le droit-de-l’hommisme ordinaire occulte le fait que ces libertés individuelles ne sont effectives que si les droits collectifs sont garantis par des structures sociales qui les favorisent. En d’autres termes, les droits individuels ne sont réels que si les individus sont correctement nourris, logés, éduqués et soignés, et ces conditions ne sont réunies à leur tour que si un rapport de forces entre classes sociales les inscrit dans la durée. Bref, les droits-de-l’hommistes oublient tout bonnement que les individus ne sont rien sans la société et que les droits individuels dont on réclame l’application ne sont que du vent si la société est divisée en dominants et dominés.

Cette indifférence aux conditions d’exercice des droits dont ils font pourtant leur fonds de commerce n’est pas étonnante. Petits-bourgeois des pays riches, les défenseurs des droits de l’homme défendent les droits dont ils jouissent, dont ils pourraient jouir ou dont ils voudraient que jouissent ceux qui leur ressemblent. Pourquoi dépenseraient-ils leur énergie à lutter contre la faim dans le monde quand leur assiette est pleine ? Pourquoi se battraient-ils pour l’appropriation collective des richesses puisqu’ils n’ont aucun problème de fin de mois ? En luttant pour les droits de l’homme, ils aspergent d’eau bénite leurs états d’âme de nantis que leurs conditions d’existence n’amènent jamais à interroger les ressorts de l’oppression et de l’injustice qu’ils ont constamment à la bouche, mais sans savoir de quoi ils parlent.

Que les pauvres soient pauvres importe peu à leurs yeux, car les pauvres revendiquent en général autre chose que la reconnaissance de droits individuels rendus impossibles par l’absence de droits collectifs. Lorsque l’extrême richesse côtoie l’extrême pauvreté, revendiquer la liberté d’expression avec un minimum de sérieux impliquerait d’exiger l’expropriation des capitalistes qui contrôlent la presse afin de créer les conditions d’une information plus objective. Mais on n’a jamais entendu un droit-de-l’hommiste formuler ce genre de revendication. Le contrôle des médias ne s’expose à sa foudre vengeresse que s’il est exercé par de méchants dictateurs qui défient le nouvel ordre mondial. Pour les autres, il n’y a pas de problème.

Sélective, cette indignation pseudo-humaniste choisit ses victimes. Les autres peuvent crever. Lors de la chute du communisme, en 1991, les organisations droits-de-l’hommistes ont crié victoire. L’idéologie des droits de l’homme ayant été inventée pour lutter contre l’URSS, cette victoire finale sembla consacrer leur vision du monde. Mais aucune de ces organisations n’a souligné que les prisons soviétiques étaient vides depuis longtemps et que le totalitarisme dont la philosophie politique des années 70 faisait un mal absolu était une coquille vide. On ne s’émut pas davantage, chez les humanistes, en constatant que sous la présidence Eltsine (1991-2000) l’espérance de vie régressa de dix ans sous l’effet des réformes structurelles dictées à la Russie par le FMI. C’est normal. Les petits vieux qui meurent en masse dans le paradis capitaliste n’intéressent pas les défenseurs des droits de l’homme.

L’humanité souffrante dont se soucient des ONG pétries d’humanisme se résume à un agrégat indistinct d’individus abstraits, atomisés, dont le sort n’est intéressant que s’il témoigne d’une violation de leurs droits individuels, de préférence dans un pays exotique dont le procès est instruit par la doxa occidentale. Mais on n’a jamais vu “Amnesty International” – dont le seul intitulé relève de la publicité mensongère – s’insurger contre le fait que 800 millions de personnes souffrent de malnutrition, ou que des centaines de milliers d’ouvrières sont surexploitées par les multinationales occidentales dans les “maquiladoras” de la frontière mexicaine. On répondra sans doute que ce n’est pas l’objet social de cette organisation, et je répondrai à mon tour que c’est précisément le problème sur lequel il convient d’insister.

Cette triple sélectivité dans le choix des droits en question, des individus concernés, et enfin des pays sur lesquels on braque le projecteur, explique donc beaucoup de choses. Elle explique que l’on fasse le tri parmi les victimes en évitant soigneusement d’incriminer les structures – celles de l’exploitation capitaliste mondialisée – qui sont responsables de 90% des malheurs qui frappent l’humanité. Elle explique aussi la fascination des ONG droits-de-l’hommistes pour la défense des LGBT. La lutte contre les discriminations qu’ils subissent est légitime, mais il faut être lucide sur l’effet de cantonnement qu’elle génère. Car cette cause, aux yeux du droit-de-l’hommisme petit-bourgeois, présente l’avantage de transcender la division sociale, d’évacuer la question des rapports de classe, bref de conférer à la lutte pour les droits humains une universalité abstraite qui sert les intérêts dominants.

La sélectivité du droit-de-l’hommisme permet aussi de comprendre pourquoi la condamnation des violations incriminées épouse toujours un axe nord-sud. Aucune ONG vénézuélienne ne mène campagne contre la mainmise d’une poignée de milliardaires sur la quasi-totalité des médias en France ou aux USA. En revanche, les ONG occidentales dénoncent sans relâche les violations de la liberté de la presse au Vénézuéla, alors que la presse, loin d’y être opprimée par le pouvoir, appartient à une poignée de capitalistes qui combattent le gouvernement. Machine de guerre contre les Etats récalcitrants, le droit-de-l’hommisme bénéficie donc de financements colossaux, à l’image de ces “Casques blancs” qui jouent au djihadiste côté cour et au brancardier côté jardin grâce aux 15 millions de dollars versés par des fondations britanniques. Moyennant une trousse à maquillage, ils arrivent même à fabriquer des victimes pour émouvoir le populo scotché devant les petites lucarnes.

Ces exemples montrent également que la fonction expresse de l’idéologie droit-de-l’hommiste – servie par ces appareils idéologiques de masse que sont les ONG – est de saper la souveraineté des Etats qu’elle a pris pour cibles. De la fondation de George Soros aux officines qui participent aux conflits armés sous couvert d’action humanitaire en passant par les révolutions de couleur organisées de l’étranger, la galaxie droit-de-l’hommiste intervient partout, distribuant subventions, éléments de langage et certificats de moralité à qui-mieux-mieux dans le seul but de semer le désordre dans des pays dont la liste est fournie par la CIA et dont le seul tort est de faire obstacle à l’hégémonisme occidental. La Russie en sait quelque chose, et on comprend qu’elle ait neutralisé cette poignée d’exhibitionnistes à moitié débiles (Femen) dont l’activisme desservait les intérêts du peuple russe.

Savamment orchestrée au nom des droits de l’homme, toute cette agitation a pour but de vider de sa substance le droit des peuples à s’organiser comme ils l’entendent. Dirigée contre le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, cette ingérence fait peser une menace d’implosion sur les sociétés dont l’essor ou la résistance déplaît à Washington, Londres ou Paris. Pratiquée à grande échelle, l’intervention militaire chez les autres n’a pas toujours donné les résultats escomptés. Elle est désormais remplacée par cette épée de Damoclès planant sur la tête de tous ceux qui osent défier l’Empire et contester le monopole du dollar. Faute de pouvoir vitrifier ses opposants étrangers à l’arme lourde, un Occident arrogant brandit alors l’étendard de l’internationalisme humanitaire. Relayé par un gauchisme qui dissout ses illusions perdues dans le pathos et oublie Trotsky avec BHL, il agite frénétiquement le miroir aux alouettes des droits de l’homme, éblouissant beaucoup de bonnes âmes qui ne voient pas que cette idéologie est le faux-nez de l’impérialisme.

L’Occident a beau croire qu’il a découvert la pierre philosophale, la conception des droits de l’homme, pourtant, n’est pas univoque. Pour les Chinois, le premier des droits est celui de ne pas mourir de faim. Cette priorité n’est pas celle de la gauche occidentale, sinon elle mobiliserait davantage d’énergie à lutter contre la faim dans le monde qu’à promouvoir les droits des minorités. Mais cette divergence n’est pas une raison suffisante pour dire que les idées chinoises ne valent rien. “A plusieurs, nous sommes moins sujets à l’erreur que lorsque nous sommes seuls à décider”, disait Aristote. On veut bien admettre qu’un milliard 379 millions de Chinois puissent se tromper, mais on peine à croire que ce soit le cas tout le temps, d’autant que leur pays qui était un champ de ruines en 1949 est aujourd’hui la première puissance économique du monde. A défaut de quelques coups bien mérités sur le museau, un peu d’humilité éloignerait homo occidentalis de son penchant indécrottable à donner des leçons à la terre entière.

Bruno Guigue
23 août 2017

Bruno Guigue, ancien élève de l’École Normale Supérieure et de l’ENA, Haut fonctionnaire d’Etat français, essayiste et politologue, professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire, chargé de cours en relations internationales à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

 

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Le danger d’être pris au sérieux

Publié par Le Saker Francophone : http://lesakerfrancophone.fr/le-danger-detre-pris-au-serieux


Orlov
Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 8 août 2017 – Source Club Orlov

Supposons que vous ayez Napoléon Bonaparte et Jésus-Christ chez vous pour le thé. Napoléon parle de conquête du monde alors que Jésus-Christ le regarde songeur. Une fois que Napoléon finit par se taire, Jésus-Christ l’entretient alors longuement sur le vrai royaume, LUI, qui n’est pas dans ce monde, mais dans le prochain, et comment il n’aura pas de fin. Avec lequel d’entre eux, le cas échéant, devriez-vous être d’accord ? Ce sont des hommes puissants avec de grands egos. Tout faux pas de votre part peut aboutir à ce que vos précieuses tasses de thé personnalisées aux couleurs d’Alice aux Pays des merveilles, délicatement peintes à la main par les dames qualifiées de Stoke-on-Trent, dans le Staffordshire, se brisent en morceaux. Contestez l’un d’entre eux, et cela se retournera contre vous. Renforcez les revendications de l’un contre l’autre, et la situation va dégénérer. Tout un dilemme !

Voici quelques conseils utiles :

1. Ne croyez pas spontanément que vous avez affaire à un couple de schizophrènes. C’est un diagnostic plutôt technique, et vous devriez laisser cela à des spécialistes. Oui, ces deux personnages sont installés dans des récits qui ne ressemblent pas à la réalité consensuelle. Mais peut-être ont-ils commencé un jeu de rôle et ont ensuite été emportés. Finalement, leurs rôles sont liés à leurs egos fragiles et endommagés, et qui n’a pas un ego quelque peu endommagé par les temps qui courent ? Tenter de dénigrer leurs récits fictifs et de démolir leurs identités artificielles peut les pousser à éprouver des ruptures psychotiques, des explosions de violence ou des épisodes de dépression. Il vaut mieux simplement les laisser parler.

2. Être respectueux, montrer de l’intérêt et de l’empathie. Napoléon Bonaparte et Jésus-Christ sont comme deux moutons qui ont perdu leur chemin ; Peut-être que vous pouvez les aider à le retrouver. Tout d’abord, ils sont tous les deux des dramatis personae très intéressants. C’est vous qui les avez invités à prendre le thé, et c’est vous qui, tout simplement par protocole et politesse, devez maintenant les écouter. Vous devez (semblez le faire du moins) les prendre à leur propre mot. Les deux (ils le pensent) ont déjà beaucoup de pain sur la planche, et vous devriez avoir de l’empathie avec cela. Construire un empire mondial dans ce monde, ou un royaume éternel dans le prochain, sont à la fois des tâches intimidantes, épiques dans leur portée, et ils méritent donc votre émotion (feinte) et votre respect.

3. Apaisez les contradictions et les tensions diffuses. Napoléon peut avoir son empire mondial dans ce monde – car, après tout, quelqu’un doit faire le sale travail de gouverner cette planète indisciplinée et difficile. Et Jésus peut laisser ce monde entre les bonnes mains de Napoléon et se concentrer sur la construction de son royaume éternel dans le prochain, ce qui est aussi une tâche formidable. Pour ajouter au côté solennel, citez les Écritures : « Rendez à César ce qui est à César ; et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu 22:21). Napoléon se sentira flatté d’être comparé à César, Jésus va sans doute rougir d’être appelé « Dieu » et vous allez apparaître érudit et sage : une affaire gagnant-gagnant-gagnant.

4. Résistez à leurs efforts pour tenter de vous rallier à leur cause. Pour résister efficacement, vous devez avoir une stratégie pour rester imperméable à leurs exigences. La meilleure démarche est d’avoir une cause bien à vous, que vous ne pouvez pas ne pas poursuivre de manière monomaniaque. Elle peut être assez triviale par rapport aux leurs, et vous devriez être humble et admettre cela facilement. Mais puisque vous respectez leurs causes, vous êtes en droit de demander qu’ils respectent la vôtre en retour, même s’il s’agit de rendre votre prochain lot de concombres marinés encore plus croquants ou d’inventer un jeu de trapèze impliquant des chats spécialement formés à la maison. Préparez-vous à discuter sans fin de votre cause spéciale, en insistant énormément sur la répétition. S’ils suggèrent que vous êtes fou, acquiescez doucement avec eux, mais soulignez que cette sorte de folie est parfaitement inoffensive.

5. Restez sur vos gardes en tout temps pendant que ces deux là sont dans le coin. Qu’ils soient dans des jeux de rôles, des schizophrènes délirants ou à part entière, ils ne jouent pas franc jeu et vous ne ne devez pas leur faire confiance. Ne les laissez pas hors de votre vue et assurez-vous qu’ils sont introduits et raccompagnés par vous-même et ne sont pas autorisés à se promener seuls dans les locaux. Regardez leurs yeux et leurs mains et ne laissez aucun élément important ou cher à proximité. Ne leur faites aucune promesse. Soyez poli mais vague sans vous compromettre. Évidemment, ne leur faites pas confiance avec des clés, des commandes, des outils et, encore moins, de l’argent.

6. Gardez ces deux là, et ceux qui les aiment bien, loin des enfants. Les enfants ne comprennent que vaguement qu’il y a une différence entre ce qui est réel et ce qui semble l’être, et ils sont facilement convaincus de choses qui ne sont pas vraies, surtout par des adultes imposants et autonomes. Le fait que de nombreux types de faux semblants soient beaucoup plus attrayants (au moins pour un esprit immature) que la réalité souvent difficile les rend encore plus séduisants. Si ce n’est pas possible, n’oubliez pas d’expliquer aux enfants qu’il s’agit d’un jeu mais que ces gens stupides ne savent pas que c’en est un et que c’est donc un secret. Une fois le jeu terminé, assurez-vous qu’ils comprennent bien que c’est fini, et assurez-vous qu’ils savent ce qui est réel et ce qui est faux. Si les enfants sont sérieusement attrapés par le jeu, vous avez une certaine déprogrammation à faire. Pour ajouter un peu plus de solennité : « Quand j’étais enfant, j’ai parlé comme un enfant, j’ai compris comme un enfant, j’ai pensé comme un enfant : mais quand je suis devenu un homme, j’ai mis de  côté les choses enfantines » (1 Corinthiens 11). Vous ne voulez certainement pas que vos enfants traversent la vie en voyant le monde « à travers un verre obscurci » (1 Corinthiens 13).

7. Réalisez que ces deux personnages ont le potentiel de causer des dégâts considérables ou d’être un gaspillage colossal des énergies et du temps de chacun, et veillez à limiter le temps et les ressources (ou de toute autre personne) qu’ils peuvent gaspiller avec leurs quêtes absurdes et sans fin. Cette Fête du thé complètement folle ne peut pas être sans fin : une fois que la théière est vide, c’est « Au revoir et Merci beaucoup d’être venus ». Essentiellement, vos interactions avec eux poursuivent l’objectif de les surveiller tout en leur offrant un traitement humain. Mais ils ne devraient pas être autorisés à s’entendre ou à vous dissuader ou à vous détourner d’aider ceux qui méritent également ou plus votre attention. Plus important encore, assurez-vous que leurs opinions et leurs efforts n’ont aucun effet néfaste sur la vie de votre communauté.

8. Gardez à l’esprit que les troubles qui nuisent à leur esprit peuvent être contagieux et qu’ils doivent être mis en quarantaine. Ce ne sont pas seulement les enfants qui préfèrent souvent un faux-semblant séduisant à une réalité beaucoup plus dure : les adultes les plus faibles et les plus influençables peuvent être séduits. Pour éviter une épidémie de pensées délirantes, il peut s’avérer nécessaire de consacrer beaucoup d’efforts à maintenir et à sauvegarder les limites de la réalité consensuelle basée sur les faits et à appliquer des normes d’adéquation mentale. La pensée délirante ne doit pas être acceptée comme un « désordre du spectre » où tout le monde est considéré comme un peu sénile et un peu délirant à un degré ou un autre, et est autorisé à faire circuler des « faits alternatifs » ou à injecter des hypothèses, des conjectures ou des insinuations à la place des faits. Plus précisément, tout soupçon d’une personne qui persiste dans l’illusion devrait automatiquement disqualifier celle-ci pour participer aux délibérations et à la prise de décision en groupe.

Quel est l’intérêt pratique de la discussion ci-dessus ? Par chance, je crois que les conseils décrits s’appliquent dans le domaine des relations internationales. Plus précisément, il existe actuellement un grand pays en particulier qui est particulièrement impliqué dans une illusion :

  • Il croit être riche alors qu’il est en faillite.
  • Il croit être prospère alors qu’il a dégénéré en une série de rackets.
  • Il estime être militairement puissant même s’il n’a pas pris l’avantage dans un seul conflit militaire depuis plus d’un demi-siècle.
  • Il croit être une « ville brillante sur une colline » même s’il est la nation la plus corrompue sur terre et ne peut servir d’exemple à personne.
  • Il croit être démocratique pourtant son système est mité et contrôlé par l’argent, y compris de l’argent étranger, au lieu d’être contrôlé par les préférences et les votes de ses citoyens.
  • Il croit être une nation souveraine malgré le contrôle de sa législature par une puissance étrangère, et plutôt petite d’ailleurs.
  • Il croit être gouverné par la règle du droit alors qu’il l’est en réalité par l’argent, ce qui le rend très peu fiable et très inefficace, avec un système de justice pénale qui transforme les citoyens en esclaves.
  • Il englobe des normes culturelles qui sont opposées à ce qui a été considéré comme normal dans l’histoire de l’humanité, déguisant la déviance sexuelle et toute sorte de vice en utilisant la rhétorique des droits de l’homme, attaquant le comportement vertical et la vertu traditionnelle comme formes d’oppression et incapable de voir que cela le rend abominable pour la grande majorité de la population mondiale.
  • Enfin, il croit avoir le droit de dire à tous les autres ce qu’il faut faire malgré le fait que, compte tenu de tout ce qui précède, personne ne veut plus l’écouter.

Dans le cas où vous ne l’avez pas encore deviné, ce pays, c’est les États-Unis d’Amérique. Il est déjà au milieu d’une crise mentale à l’échelle nationale, et son état mental se détériore chaque jour qui passe. Aucune combinaison d’antidépresseurs ou d’antipsychotiques (qui sont déjà distribués comme des bonbons lors d’une fête d’anniversaire pour enfants) n’est susceptible de le rendre meilleur.

Mais vous pourriez dire : « Alors, quoi ? Les pays et les empires grandissent et tombent, mais le monde continue de tourner de toute façon. Quelle différence cela ferait-il si les États-Unis traversent une crise mentale carabinée, s’effritent et ont cessé d’apparaître sur le radar de quiconque ? Les États-Unis ne représentent que le vingtième de la population mondiale et, pour la plupart des indicateurs, ce n’est même pas la meilleure partie (bien qu’elle soit la plus fortement armée, la plus fortement médicalisée avec des substances légales et illégales, et de loin la plus obèse). »

Je ne souhaite pas discuter de la déclaration ci-dessus. Ce que je veux faire, c’est résoudre un problème spécifique. Il y a un certain autre pays dont je me préoccupe, et il se trouve être au centre d’une hystérie de masse qui saisit actuellement les États-Unis. Ce pays, c’est la Russie. Après avoir lu et écouté les analyses offertes par les experts de la politique étrangère en Russie, j’en suis arrivé à la conclusion qu’ils ont une tendance indésirable à prendre les messages et les déclarations officielles qui arrivent des États-Unis à leur valeur nominale. Ceci, je crois, est une erreur très grave. Les personnes déclarées non compos mentis ne peuvent être parties prenantes dans des négociations de bonne foi ; ni les pays malades mentaux.

Il y a beaucoup de raisons qui expliquent la tendance russe à considérer les États-Unis comme ce qu’ils ont été autrefois plutôt que ce qu’ils sont devenus depuis. L’une des raisons, historiquement, est que la Russie a considéré les États-Unis comme un adversaire sérieux et un grand nombre de Russes ont construit leur carrière en les voyant de cette façon. S’il s’avère soudain que les États-Unis sont une mauvaise blague, ils perdraient indubitablement la face. Une autre raison est que la relation contradictoire avec les États-Unis a donné l’impulsion à la Russie pour pratiquer une certaine discipline personnelle dans ce qui a trait à la gestion de ses affaires intérieures. Mais s’il s’avère que les États-Unis doivent maintenant n’être plus dignes que de pitié au lieu d’être craints et combattus becs et ongles, cette impulsion serait perdue.

Ces raisons sont en quelque sorte légitimes. Mais il y a un danger derrière la tendance russe à continuer à prendre les États-Unis au sérieux. Considérez ce qui se passe si quelqu’un prend les désirs d’un schizophrène à leur valeur nominale et commence à agir en fonction de cela : le schizophrène se sent légitimé et habilité et devient encore plus dangereux, il peut provoquer des conflits mineurs en spirale et devenir hors de contrôle. Une meilleure stratégie pour y faire face est ce qui est indiqué ci-dessus : écoutez-les, plaisantez avec eux, détournez leur attention, gardez-les à l’œil, si besoin contraignez-les, mais surtout, ignorez-les et poursuivez la tâche que vous avez à accomplir. J’espère que les experts et les spécialistes de Moscou en prendront note.

Si la Russie continue à prendre les États-Unis au sérieux, cela menace à la fois les États-Unis et la Russie. Alors que l’élite dirigeante aux États-Unis convulse dans son agonie, il est primordial de considérer ses mots et ses actions pour ce qu’ils sont – les discernements et les frappes aléatoires de fous – plutôt que des provocations de bonne foi. Il est d’une importance vitale de les empêcher de tenter le « suicide par les armes nucléaires russes » [Allusion au suicide par policier, NdT], mais il devrait leur être permis de divaguer et de vitupérer.

Bien que le refus de prendre les États-Unis au sérieux soit une première étape nécessaire, le fait de ne pas les prendre au sérieux n’est guère mieux, car il est contraire à l’éthique d’utiliser les malades mentaux comme un divertissement. Au lieu de cela, un certain nombre de spécialistes devraient être affectés à la tâche d’observer de manière décontractée les États-Unis à une distance sûre et de communiquer avec eux sur la base d’un protocole psychiatrique approuvé. Au-delà, les États-Unis devraient tout simplement être mis sous camisole de force et en quarantaine – politiquement, économiquement et, surtout, culturellement. Les États-Unis représentent encore une menace formidable – une menace pour la santé mentale – et continueront à l’être dans un avenir prévisible, car il n’y a pas de limite pratique ou théorique à la durée ou à la gravité de leur état.

Dmitry Orlov

Les cinq stades de l'effondrementLe livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie », c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker Francophone


La Corée du Nord veut tirer quatre missiles près de Guam – Un pari risqué

Publié par Le Saker Francophone : http://lesakerfrancophone.fr/la-coree-du-nord-veut-tirer-quatre-missiles-pres-de-guam-un-pari-risque

Par Alexis Toulet  – Le 11 août 2017 – Source noeud-gordien.fr

THAAD.jpg
Le système de défense antimissile américain THAAD – déjà déployé sur l’île de Guam, et déjà testé contre un missile balistique de portée intermédiaire comme le Hwasong-12 nord-coréen

L’escalade verbale entre Donald Trump et Kim Jong Un vient d’aboutir à un nouveau palier. La Corée du Nord a annoncé le 10 août préparer à partir de la mi-août un essai de missiles particulièrement provocant, avec le tir de quatre missiles balistiques à portée intermédiaire Hwasong-12 juste à côté de l’île américaine de Guam dans le Pacifique ouest.

Décision surprenante et pari risqué, car c’est le système de défense antimissile américain qui est visé, et les paramètres choisis par Pyongyang pour cet essai lui sont défavorables. Le défi est en tout cas éclatant – tout se passe comme si Kim Jong Un voulait forcer l’Amérique à utiliser sa défense antibalistique, et était persuadé de la mettre en échec. Donald Trump pourra-t-il éviter de relever ce défi ?

Pourquoi l’on parle de guerre

Suite aux essais de missiles intercontinentaux réalisés par la Corée du Nord cette année, en particulier l’essai le 4 juillet d’un missile Hwasong-14 capable de lancer une charge de 500 à 600 kg suffisante pour une ogive nucléaire à une portée de 8 000 à 10 000 km – mettant donc sous le feu au minimum les États américains de l’Alaska et de Hawaï ainsi que la ville de Seattle, au maximum toute la moitié ouest du pays y compris la métropole de Los Angeles – le président américain a réitéré sa politique fortement exprimée en début d’année : la Corée du Nord parvenant à mettre au point une arme nucléaire capable d’atteindre les États-Unis, « Ça n’arrivera pas ! ».

Le jeu des pressions, notamment l’alourdissement des sanctions économiques, s’avérant insuffisant pour convaincre Pyongyang de renoncer à étendre sa dissuasion nucléaire au territoire américain, Donald Trump est passé aux menaces ouvertes, annonçant « feu et colère«  ainsi qu’« une puissance que franchement le monde n’a jamais vu jusqu’ici » si le dictateur nord-coréen ne faisait que continuer ses menaces.

En réalité, il serait très délicat pour les États-Unis de prendre l’initiative d’une attaque sur la Corée du Nord, car elle dispose de toute une échelle de ripostes possibles :

  • depuis des attaques voire un barrage d’artillerie qui s’avérerait extrêmement destructeur sur Séoul la métropole sud-coréenne, laquelle est toute proche de la frontière, ou
  • des attaques au missile à ogive classique sur les bases américaines en Corée du Sud ou au Japon
  • jusqu’à l’utilisation de l’arsenal massif d’armes chimiques, estimé entre 2 500 et 5 000 tonnes, y compris l’agent militaire le plus dangereux, le VX, lequel fut utilisé lors de l’assassinat par Kim Jong Un de son frère
  • de l’arsenal biologique, qui pourrait se prêter à des attaques de type terroriste, même sur le territoire américain
  • et maintenant nucléaire monté sur missile balistique, Pyongyang disposant suivant les évaluations de 20 à 60 armes d’une puissance équivalente à celle qui bombarda Hiroshima

La solution la plus raisonnable serait pour Washington d’accepter le fait de la dissuasion nord-coréenne, de même qu’il a accepté en leur temps le fait de la dissuasion soviétique puis russe et le fait de la dissuasion chinoise. Donald Trump cependant, ayant plusieurs fois exprimé l’idée déjà entretenue par Nixon qu’apparaître « fou » ou « incontrôlable »serait utile en cas de crise internationale – car permettant d’obtenir davantage de concessions de l’interlocuteur – a décidé de continuer d’appliquer cette posture. Ou cette tactique, c’est toute la question, et le jeu tel que semble le concevoir le président américain est de créer un vrai doute sur le fait qu’il pourrait réellement être « fou ». Donald Trump s’estime encore mieux qualifié que le « grand dirigeant » nord-coréen pour maintenir ce doute.

Le défi lancé par Kim Jong Un

La décision annoncée par la Corée du Nord de faire des essais de missile balistique « à 30-40 kilomètres de Guam » est évidemment suprêmement provocatrice. Légale en droit international – les missiles devant retomber hors des eaux territoriales américaines – elle est comparable à un homme armé d’un fusil lançant à un autre « Ne bouge pas… je vais tirer à dix centimètres de ta main ». Difficile d’imaginer message plus clair de Pyongyang comme quoi il ne cédera pas aux pressions américaines pour lui faire limiter, sans parler d’abandonner, sa dissuasion nucléaire.

Mais ce qui frappe avant tout, c’est que ce projet de tirs ressemble à s’y méprendre à une invitation aux États-Unis à réaliser un test en vraie grandeur de leurs systèmes anti-balistiques. Non seulement ils pourraient parfaitement le justifier devant leur opinion comme devant les autres pays, arguant par exemple d’un risque que les missiles nord-coréens ne frappent Guam par accident, ou simplement d’un risque pour la navigation. Mais ils se trouvent encore dans les meilleures conditions techniques pour le faire : ils connaissent précisément le lieu, ont une idée de la date ou du moins de la période dans laquelle le test aura lieu, le nombre de missiles assaillants n’est pas très élevé, et c’est précisément leur système anti-balistique a priori le plus fiable qui est déjà déployé sur place ! 1

Il est pour le moins osé, pour ne pas dire très risqué, pour Kim Jong Un d’avoir lancé un tel défi. Car enfin le THAAD est loin d’être dénué de capacités. En service depuis 2008, il a passé avec succès les 13 tests d’interception réalisés entre 2005 et 2017 avec la version finale.

Sans doute, sa vitesse maximale de 2,8 km/s est inférieure à la vitesse finale d’un missile balistique tel que le Hwasong-12 qui en se basant sur l’estimation de sa portée doit être de l’ordre de 6 km/s, mais cela n’empêche pas une interception à partir du moment où l’ogive du missile assaillant n’est pas manœuvrant, ce qui n’est presque certainement pas le cas des missiles nord-coréens à ce stade de leur développement.

Sans doute, le THAAD n’a été testé qu’une fois contre un missile de portée intermédiaire le 11 juillet dernier, étant à l’origine prévu pour parer des missiles de portée plus courte. Cependant, ce test fut un succès.

Ce test signe une amélioration du système de défense, qui jusqu’à (ce jour) n’avait intercepté que des missiles de portée plus courte. Quoique la simulation ait été planifiée depuis des mois, elle arrive au moment d’une menace internationale croissante de la part de la Corée du Nord, qui a testé son premier missile intercontinental le 4 juillet.

Même si cet essai unique laisse la porte ouverte à quelques doutes – il faudrait plusieurs essais, dans une variété de conditions différentes, pour vraiment donner confiance dans la capacité de défense contre l’attaque simultanée de plusieurs balistiques intermédiaires – il reste bon signe s’agissant d’un système qui est par ailleurs déjà au point. Et rien n’empêcherait les batteries de défense de lancer deux intercepteurs sur chaque assaillant, afin de renforcer la probabilité de succès.

Risque majeur pour la Corée du Nord

Le risque pour Pyongyang, et il est grand, c’est que les États-Unis parviennent à intercepter les quatre missiles. Ce serait pour la dissuasion nord-coréenne un revers très grave et en fait réellement dangereux, avec l’impression que la Corée du Nord est en fait impuissante, ses meilleures armes incapables de percer le bouclier antimissile américain.

Même si elle conserverait en tout état de cause sa capacité à frapper Séoul par barrage d’artillerie, tout comme sa capacité à saturer les défenses antimissile américaines et japonaises sous le nombre des missiles à courte portée, Washington pourrait en conclure que ce n’est en tout état de cause pas son territoire qui est sous le feu, du moins pour l’instant, et le calcul cynique et halluciné « mieux vaut les Coréens voire les Japonais aujourd’hui que nous demain » pourrait-il pousser Trump et son entourage à déclencher une guerre pour empêcher Pyongyang de mettre en service le missile intercontinental qu’il a testé le 4 juillet, acceptant les énormes pertes civiles du fait que ce seraient des alliés qui les subiraient plutôt que les Américains eux-mêmes ?

Certes, si Washington ne réussit pas à intercepter plus d’un ou au maximum deux missiles, ou s’il n’essaie même pas, Pyongyang aura donné une démonstration impressionnante et créé l’impression – pour longtemps ? – que la défense antimissile américaine n’est qu’un tigre de papier. Oui… mais à se baser sur les informations en source ouverte, ce n’est pas l’issue qui paraît la plus probable.
Sachant que la dissuasion est avant tout un effet psychologique qui se construit dans la tête de l’adversaire potentiel, il est surprenant que Kim Jong Un accepte de prendre un tel risque. Faut-il imaginer que le jeune dictateur ait un caractère téméraire ?

Il y a de quoi s’interroger : les responsables du programme balistique nord-coréen n’auraient-ils pas « bourré le mou » du jeune dictateur, en lui décrivant un système plus avancé et imparable qu’il ne l’est en réalité ? Si c’est le cas, ce serait très risqué pour les responsables concernés, Kim Jong Un n’ayant pas le profil d’un dirigeant qui pardonne facilement – l’enjeu pour les fautifs serait au minimum le camp de rééducation… Toutefois, ce ne serait pas sans précédent, les dictateurs ayant tendance à créer autour d’eux une bulle d’admirateurs et de sycophantes assurant leur position non seulement en l’assurant de son génie, mais encore en ne lui donnant que les bonnes nouvelles.

Ou bien savent-ils quelque chose sur les performances de leur missile que les autres ne savent pas, et qui resterait confidentiel ?

Enjeu pour les États-Unis – pourront-ils refuser le défi ?

Ce qui semble clair, c’est que maintenant que le défi a été lancé, aussi publiquement et aussi solennellement que possible, il serait difficile aux États-Unis de le refuser, c’est-à-dire de ne pas faire tout leur possible pour intercepter les missiles.

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Retrouvons-nous sur le pré demain à six heures, Monsieur !

On pourrait imaginer à première vue que les États-Unis se contentent de regarder les missiles s’écraser en mer pas loin de chez eux dans les eaux internationales. Seulement voilà, ils ont des alliés à rassurer, un système antimissile qui est directement mis au défi, donc ils n’ont le le choix qu’entre tenter l’interception – et courir le risque semble-t-il assez petit de tout rater et d’être ridicule – et ne pas la tenter – courant ainsi un risque majeur de convaincre le monde entier qu’ils n’ont pas eux-mêmes confiance dans les performances de la défense antimissile dont ils font tant de cas, et qu’ils proposent si bruyamment à leurs alliés dans la région (Corée du Sud, Japon) comme dans le reste du monde. Ce n’est vraiment pas le message que Washington souhaite envoyer.

D’autre part, le président américain a pour le moins l’orgueil chatouilleux, et il est engagé dans une compétition de provocations verbales avec son homologue nord-coréen. Il lui serait très difficile de refuser de participer à cette sorte d’explication et de duel technologique – missile contre missile, pas de vie humaine en jeu – que tente de lui imposer Kim Jong Un, alors même qu’il vante si volontiers la puissance américaine et la qualité de ses armes. Il semble très probable qu’il choisira d’utiliser les THAAD… sauf si ses généraux lui expliquaient qu’en fait ils seraient dépassés, mais rien dans les informations en source ouverte ne permet de le penser.

Il est surprenant que Kim Jong Un lance un tel défi avec son programme de missiles là où il en est. Mais le vin est maintenant tiré, il faut le boire. Pour la Corée du Nord, comme pour les États-Unis.

Ce sera le tout premier test en vraie grandeur du résultat de plus de trente ans de R&D américaine en défense anti-balistique !

La réaction américaine est pratiquement obligée…

Alexis Toulet

Note du Saker Francophone

A moins aussi que des alliés des Nord-Coréens ne leur aient donné des garanties que les systèmes THAAD seraient inopérants ou inefficaces ce jour-là. Il faut se souvenir comment les Russes ont "éteint" le système Aegis monté sur le Donald Cook en Mer Noire. Un sous-marin pourrait se trouver sur zone opportunément ce jour-là avec un système de contre mesure électronique ou un drone...

Cela pourrait décrédibiliser toute la politique de "défense" de l'US Army au Japon et en Corée du Sud qui vient d'élire un président tentant de bloquer le déploiement du système THAAD en Corée du Sud.
  1. L’interception d’un missile balistique est pensable lors de ses trois phases de vol : 1) Agir lors de la phase ascensionnelle pose beaucoup de problèmes intrinsèques – le temps de réaction, la possibilité même de rallier à temps l’endroit adéquat – il y a lieu de douter que les États-Unis en aient vraiment la capacité. 2) Le seul système capable de tenter une interception à mi-course est le GBI, lequel est basé en Alaska et en Californie, ce qui ne convient évidemment pas au cas d’un missile visant Guam depuis la Corée du Nord
    3) Mais quant à l’interception en phase terminale – lorsque le missile se rapproche de sa cible depuis l’espace – les États-Unis disposent de deux systèmes supposés en être capables : le SM-3 basé sur croiseur Aegis et surtout le THAAD.
    Or la base militaire de Guam a déjà son propre système THAAD – « Its components include what the Army calls the « world’s most-advanced mobile radar, » three truck-mounted launchers for the ballistic missile interceptors, a cooling and fire control system, as well as a 1.3-megawatt power generator. » Trois lanceurs, cela représente un total de 24 missiles, ce qui est bien assez pour lancer 2 intercepteurs sur chacun des quatre Hwasong-12 nord-coréens, afin de maximiser la probabilité d’interception. 

Macron-Libye : la Rothschild Connection

Manlio Dinucci

Il Manifesto

“Ce qui se passe aujourd’hui en Libye est en quelque sorte le noeud d’une déstabilisation à multiples visages” : a déclaré le président Macron en célébrant à l’Elysée l’accord qui “trace la feuille de route pour la paix et la réconciliation nationale”.
Macron attribue la situation chaotique du pays uniquement aux mouvements terroristes, lesquels “visent à profiter de la déstabilisation politique et de la manne économique et financière qui peut exister en Libye pour prospérer”. Pour cela -conclut-il- la France aide la Libye à bloquer les terroristes. Macron renverse, de cette façon, les faits. L’artisan de la déstabilisation de la Libye a précisément été la France, avec les Etats-Unis, l’Otan et les monarchies du Golfe.
En 2010, documente la Banque mondiale, la Libye enregistrait en Afrique les plus hauts indicateurs de développement humain, avec un revenu par habitant moyen-haut, l’accès universel à l’instruction primaire et secondaire et de 46% à l’enseignement supérieur. Environ 2 millions d’immigrés africains y trouvaient du travail. La Libye favorisait par ses investissements la formation d’organismes économiques indépendants de l’Union africaine.

Usa et France -prouvent les emails d’Hillary Clinton- s’accordèrent pour bloquer le plan de Kadhafi de créer une monnaie africaine, en alternative au dollar et au franc Cfa (monnaie que la France impose à 14 de ses ex-colonies africaines). Ce fut Clinton -documente le New York Times– qui fit signer au président Obama “un document qui autorisait une opération secrète en Libye et la fourniture d’arabes aux rebelles”, y compris des groupes jusque là classifiés terroristes.

Peu après, en 2011, l’Otan sous commandement USA démolissait par la guerre (ouverte par la France) l’Etat libyen, en l’attaquant aussi de l’intérieur avec des forces spéciales. D’où le désastre social, qui fera plus de victimes que la guerre elle-même surtout chez les migrants.

Histoire que Macron connaît bien : de 2008 à 2012 il fait une fulgurante (autant que suspecte) carrière à la Banque Rothschild, l’empire financier qui contrôle les banques centrales de quasiment tous les pays du monde. En Libye, la Banque Rothschild débarque en 2011, tandis que la guerre est encore en cours. Les grandes banques étasuniennes et européennes effectuent en même temps la plus grande rapine du siècle, en confisquant 150 milliards de dollars de fonds souverains libyens. Dans ses quatre années de formation chez Rothschild, Macron est introduit dans le gotha de la finance mondiale, où se décident les grandes opérations comme celle de la démolition de l’Etat libyen. Il passe ensuite à la politique, faisant une fulgurante (autant que suspecte) carrière, d’abord comme vice-secrétaire général de l’Elysée, puis comme ministre de l’économie. En 2016 il crée en quelques mois son parti, En Marche !, un “instant party” soutenu et financé par de puissants groupes multinationaux, financiers et médiatiques, qui lui ouvrent la voie à la présidence. Derrière le protagonisme de Macron ne se trouvent donc pas seulement les intérêts nationaux français. Le butin à partager en Libye est énorme : les plus grandes réserves pétrolifères africaines et de grosses réserves de gaz naturel ; l’immense réserve d’eau fossile de la nappe nubienne, l’or blanc en perspective plus précieux que l’or noir ; et le territoire libyen lui-même de première importance géostratégique à l’intersection entre Méditerranée, Afrique et Moyen-Orient.

Il y a “le risque que la France exerce une forte hégémonie sur notre ex-colonie”, prévient Analisi Difesa, en soulignant l’importance de l’imminente expédition navale italienne en Libye. Un appel à l’”orgueil national” d’une Italie qui réclame sa part dans la partition néo-coloniale de son ex-colonie.

 

Edition de mardi 1er août 2017 de il manifesto

https://ilmanifesto.it/macron-libia-la-rothschild-connection/ 

 


Napoléon Ier confondu avec Napoléon III : la nouvelle Macronnerie !

http://www.medias-presse.info/napoleon-ier-confondu-avec-napoleon-iii-la-nouvelle-macronnerie/77410/?utm_source=OxiMailing&utm_medium=e-mail&utm_campaign=mpi_202

Hristo Xiep  21 juillet 2017

L’inculture de notre Président est encyclopédique : il ne sait rien sans parler de ce qu’il ignore. Maman Gigitte devrait lui faire réviser son histoire-géo (entre autres) parce qu’il est passé sous la barre du niveau hollandais (son prédécesseur, pas les habitants des Pays-Bas…).

On avait appris avec le factotum de la banque Rothschild que Villeurbanne était dans la banlieue de Lille (son livre Révolution paru en novembre 2016).

On avait appris que la Guadeloupe était un pays étranger puisqu’on « s’expatriait » là-bas (tweet du 16 décembre 2016).

On avait appris qu’adolescent, il avait connu la misère en vivant avec 6.500 francs par mois (Explicite, 21 mars 2017).

On avait appris que la Guyane était une île (meeting à La Réunion, 26 mars 2017).

On avait appris que le Front National avait organisé des attentats contre De Gaulle… 10 ans avant sa fondation (attentats par ailleurs financés par Marcel Dassault, Valéry Giscard d’Estaing servant d’interface entre « Tonton Marcel » et l’OAS) (TF1, 27 avril 2017)

On avait appris que notre fierté républicaine et le Conseil National de la Résistance (fondé le 27 mai 1943) était nés à Oradour-sur-Glane (tragédie du 10 juin 1944) (Discours d’Oradour-sur-Glane, 28 avril 2017).

On apprend maintenant que c’est Napoléon Ier  qui a réalisé les grands travaux d’aménagement de Paris. Il n’était pas loin, c était Napoléon III (entretien avec Donald John Trump, 14 juillet 2017).

Emmanuel Macron avait déclaré dans son meeting de Lyon du 5 février 2017 qu’il « n’y avait pas de culture française ». En tout cas, une chose est sûre, il n’y a pas de culture macronienne. Normal, Macron est passé par l’ENA entre 2002 et 2004. L’anagramme d’ENA n’est-il pas âne ?

On connaissait les ânes bâtés, faite qu’en 2022 on ait un âne battu…

Hristo XIEP


Les dossiers du BIP n° 191 – juillet 2017

A télécharger : Dem191 juillet 2017


MOSSOUL AVANT ET APRES LES BOMBARDEMENTS

Un article du New York Times à consulter avec le lien suivant :